Interview : Nicolas Dupont Aignan


Interview pour ClemsPolitique de Nicolas Dupont-Aignan député-maire UMP de Yerres (91), président de Debout la République et candidat à la présidentielle de 2007
ClemsPolitique- Bonjour Monsieur Dupont-Aignan
N. Dupont-Aignan- Bonjour
ClemsPolitique- Pouvez-vous nous expliquer votre programme pour 2007 ?
N.Dupont-Aignan- Plus que d'un « programme », je préfère parler d'un « projet ». Autrement dit, si j'avance bien entendu des propositions concrètes, souvent inspirées par mon expérience d'élu local et national, celles-ci n'en forment pas moins un plan d'action global au service d'une certaine idée de mon pays - dont j'estime qu'il est vain de nier l'histoire et la personnalité - et d'une certaine conception de l'action publique, volontariste et tournée vers l'intérêt général.
Grosso modo, je crois profondément que la France va mal parce que ses élites lui demandent de se renier elle-même depuis de trop longues années : sa liberté est de plus en plus bafouée par des contraintes extérieures soi-disant insurmontables (la mondialisation, la tutelle de Bruxelles, une immigration non-maîtrisée), au point que les Français se sentent de plus en plus dépossédés de la maîtrise de leur destin individuel et collectif. L'égalité des droits, des devoirs et des chances, est battue en brèche par la panne de l'ascenseur social, la crise de l'Education nationale, les dérives communautaristes qui fragmentent le corps national ou encore une décentralisation de laisser-aller, qui menace la cohésion entre les territoires et, au final, l'unité même de la République. La société française, enfin, souffre d'une crise économique aigüe, avec un chômage de masse qui la gangrène et, pour seule perspective, un avenir toujours pire pour les nouveaux arrivants sur le marché du travail. Alors même, pendant ce temps, que les délocalisations s'accélèrent, que nos fleurons industriels sont rachetés les uns après les autres par les mastodontes de la mondialisation et que notre tissu économique se délite !
Ces trois symptômes sont le contraire du triptyque républicain inscrit sur tous nos frontons : « Liberté - Egalité - Fraternité ». Le sens de mon projet consiste précisément à aller à la racine de tous ces problèmes et de leur apporter des solutions qui rétablissent réellement un vrai modèle républicain, dynamique et efficace, respectueux de notre âme et de notre tempérament national. C'est me semble-t-il, tout le sens du non massif à la Constitution européenne du 29 mai, que les partis politiques dominants refusent d'entendre et qu'ils s'apprêtent à bafouer après l'élection présidentielle, en faisant ratifier ce traité par le Parlement, dans le dos des Français. Comme par hasard, ces mauvais perdants du oui sont bien souvent ceux qui disent que la France est finie et qu'il faut jeter par dessus bord son modèle...
Quant aux orientations que je préconise, et que je préciserai ces prochains mois, voici quelques unes d'entre elles : changer d'Europe pour rendre à la France des marges de man½uvre politiques et économiques, refaire de l'école un lieu de savoir et de mérite, sauver les services publics et les réformer pour qu'ils soient au service de tous les Français, faire basculer les charges sociales qui pèsent sur l'emploi dans des prélèvement indirects également payés par les produits importés, relancer massivement l'actionnariat salarié pour rendre à nouveau solidaires les entreprises et leurs employés, investir massivement dans la recherche et les techniques de demain,...
ClemsPolitique- Pourquoi ne pas vous être présenté à l'investiture de l'UMP pour 2007 ?
N.Dupont-Aignan- L'élection présidentielle ne saurait être préemptée par un seul candidat au sein de la droite parlementaire. D'autant moins que Nicolas SARKOZY incarne une frange très marquée de l'UMP : une frange ultralibérale, conservatrice, européiste et communautariste, dans laquelle les électeurs de droite et, plus largement, l'ensemble des Français ne seront guère enclins à se reconnaître. C'est bien pourquoi j'ai décidé de proposer cet autre choix aux Français à l'occasion d'une élection qui, je le rappelle, demeure fondamentalement selon l'esprit et la pratique de nos institutions la rencontre d'un homme et d'un peuple.
ClemsPolitique- Pouvez-vous nous dire si vous pensez obtenir les 500 signatures sans difficulté ?
N.Dupont-Aignan- L'avenir le dira. Mais, malgré les pressions de toutes sortes qui sont exercées sur les élus locaux par la classe politique dominante, j'ai bon espoir que beaucoup d'entre eux ne se laisseront pas impressionner par les tenants d'un système qui échoue depuis 25 ans et dont les dégâts concrets sont visibles dans nombre de communes, rurales ou urbaines. Par ailleurs, les contacts que je noue lors de mes déplacements dans toute la France sont très encourageants, de même que le nombre de promesses de signatures déjà recueillies. Mais il est certain qu'il faut tenir le cap et ne pas relâcher notre effort pour y parvenir.
ClemsPolitique- Quel score esperez-vous faire ?
N.Dupont-Aignan- Si je vous donnais un chiffre, je passerais soit pour un présomptueux, soit pour un charlatan ! Disons que j'escompte réaliser un score suffisamment important pour peser sur l'orientation politique de mon pays. Car ce qui compte autant que le résultat en lui-même sera la dynamique de ma candidature qui, je l'espère, sera assez grande pour obliger les autres candidats à débattre de questions qu'ils ont surtout envie d'enterrer : l'Europe, les performances économiques médiocres de l'euro, la clochardisation de la France à cause du libre échange intégral, la paupérisation et la paralysie des services régaliens de l'Etat, la crise du logement, la souffrances des jeunes actifs, trop souvent mis dans l'incapacité de trouver un travail décent et de fonder une famille, etc...
ClemsPolitique- Etes vous favorable au CPE ?
N.Dupont-Aignan- Je suis le seul Député UMP à avoir voté contre le CPE à l'Assemblée Nationale. Je m'en suis expliqué dans une tribune au journal Marianne, qui est consultable sur le site de Debout la République (www.deboutlarepublique.com). D'un mot, j'estime que le CPE est dans l'ensemble hors-sujet pour faire reculer le chômage et qu'il inquiète inutilement une jeunesse à qui notre pays offre déjà peu de perspectives, c'est bien le moins que l'on puisse dire ! Quant aux principes, je trouve inacceptable de virer quelqu'un sans lui dire pourquoi. Cette pratique brutale et inhumaine n'existe d'ailleurs dans aucun pays au monde développé, même pas ceux à la réputation libérale la plus endurcie ! Ou alors, il faut se tourner vers la Chine, qui est un véritable pays de non-droit social, une jungle ultralibérale dominée par une bureaucratie communiste corrompue. La France doit-elle vraiment imiter la Chine pour créer des emplois chez elle ? Je ne le crois pas et je ne l'accepterai jamais. Il serait sage que le gouvernement retire les dispositions les plus controversées du projet (non-motivation du licenciement, durée de deux ans de la période de consolidation) et s'attaque enfin à la question clé de la formation continue. Les actifs accepteraient sans doute d'évoluer dans un contexte professionnel où le risque est plus grand, si en contrepartie leur était offert une protection plus grande sur ce terrain. Pour ma part, je défends l'idée d'une « sécurité professionnelle », matérialisée par la création d'un compte-épargne temps individualisé qui accompagne l'actif tout au long de sa vie, lui donne accès à une réelle faculté de formation pour réorienter ou faire progresser sa carrière et lui offre, en cas de chômage, une couverture ainsi qu'un accompagnement dans la recherche d'emploi qui soient enfin à la hauteur.
ClemsPolitique- Etes vous l'auteur du livre de Catherine de Medicis "J'arrive. Il est plus tard que vous ne le pensez" ?
N.Dupont-Aignan- Non, désolé de vous décevoir.
ClemsPolitique- Quel est votre pronostique pour le second tour ?
N.Dupont-Aignan- A ce stade, il est très difficile de le dire. Tout peut encore basculer en fonction des aléas de la vie politique nationale, européenne ou mondiale. Rarement la scène politique française aura été à ce point imprévisible. Et n'oubliez pas que beaucoup de nos concitoyens qui refusent de répondre aux sondages, soit s'abstiennent, soit votent pour les extrêmes. Ainsi, 5 ans après le précédent du 21 avril 2002, tout sera hélas possible, y compris le pire ! Nos stratèges électoraux en chambre devraient se souvenir du vieil adage : « Méfiez-vous de l'eau qui dort. »
ClemsPolitique- Selon vous quesque le gaulisme ?
N.Dupont-Aignan- Le gaullisme est un idéal de la France inscrit dans les réalités du monde qui change. Il se caractérise à mes yeux par trois aspects essentiels : l'esprit de résistance, la foi en l'avenir de la France et l'humanisme. L'esprit de résistance, c'est le refus de céder sur l'essentiel : hier l'invasion allemande, aujourd'hui le démantèlement de notre économie sociale de marché sous les coups convergents de la mondialisation et d'une certaine « construction européenne ». La victoire du non lors du référendum de mai 2005, comme le refus du CPE aujourd'hui, s'inscrivent heureusement dans cet esprit de résistance. Cela démontre bel et bien que les Français sont encore les dignes héritiers des soldats de l'an II ! Car, comme le disait si magistralement de Gaulle lui-même : « A force de dire oui à tout, on disparaît soi-même ! ». L'attachement à la nation, c'est la fameuse « certaine idée de la France » chère au chef de la France Libre. C'est la foi dans le Progrès politique (démocratie), économique et moral (droit au Bonheur) que permettent précisément la Nation et l'Etat-Nation, tels que les avaient patiemment esquissés nos rois et parachevés la Révolution française. C'est un modèle universel (applicable à tous les pays) mais qui doit, pour fonctionner, respecter la diversité culturelle des peuples. C'est pourquoi le respect de la souveraineté populaire à l'intérieur et de l'indépendance nationale à l'extérieur demeure la clé de voute du gaullisme. C'est pourquoi les dérives supranationales de l'Union européenne, rendues possibles par la véritable confiscation de la démocratie par la classe politique dirigeante française, me paraissent contraires à l'intérêt et à l'existence même de la France. Enfin, l'humanisme, c'est l'ouverture aux autres, la volonté de faire le bien chez soi et autour de soi pour que l'entente entre les hommes et les nations l'emportent sur les peurs infondées, sur la haine de l'autre, la pauvreté, l'injustice,... Pour moi, le gaullisme constitue un patriotisme ouvert et serein - ce qui oblige à défendre raisonnablement nos intérêts nationaux tout en s'ouvrant à l'Europe et au monde - qui n'est lui-même que lorsqu'il défend une certaine justice sociale à l'intérieur de la Nation (la participation par exemple) et cherche vraiment à répondre aux aspirations légitimes des Français (avoir un travail décent et un avenir, pouvoir fonder une famille, être fier sans excès de son propre pays tout en s'ouvrant aux autres, etc.)
ClemsPolitique- Vous n'êtes pas d'accord avec l'UMP sur le projet de loi relatif aux droits d'auteur, sur la constitution européenne et sur le CPE. Alors pourquoi restez-vous à l'UMP ?
N.Dupont-Aignan- Je suis candidat à la présidence de la République pour offrir en dehors des appareils partisans - UMP comprise - un vrai choix alternatif aux Français. L'UMP a eu pour ambition de rassembler les différentes sensibilités de la droite républicaine pour les articuler entre elles et additionner leurs forces respectives. Cela impliquait qu'il y eût débat et vote en son sein pour trancher les points de divergence sur l'essentiel. De ce point de vue l'UMP est un échec, puisqu'elle a allié l'autoritarisme du défunt RPR à la ligne libérale-européiste des centristes et de l'ancien parti Républicain d'Alain MADELIN. C'est une dérive que j'ai combattue avec le plus de fair-play possible, mais rien n'y a fait, le système est resté verrouillé à la tête du parti, aussi bien avec Alain JUPPE hier qu'avec Nicolas SARKOZY aujourd'hui. Ne concevant pas la politique autrement que comme la défense de convictions, je n'ai donc pas eu le choix : ma candidature pour 2007 s'imposait d'elle-même. A cet égard, je n'ai pas pour habitude de lâcher prise ni de me laisser impressionner par la « fatalité », pas plus à l'intérieur d'un parti que dans une élection présidentielle. Et puis, au final, n'oublions pas que ce sont toujours les Français qui tranchent ! Comme disait de Gaulle : « le doute est le cancer de l'âme. »
ClemsPolitique- Bonne chance pour 2007 !
N.Dupont-Aignan- Merci aurevoir
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