Interview : Cécile Duflot


Interview pour ClemsPolitique de Cécile Duflot candidate à l'investiture pour la présidentielle chez les Verts et porte-parole nationale des Verts
ClemsPolitique- Bonjour madame Duflot
C.Duflot- Bonjour
ClemsPolitique- Quel est votre programme pour 2007 ?
C.Duflot- Cela n'est jamais facile de résumer en quelques phrases un programme qui a pour but d'inverser la tendance! Nous sommes aujourd'hui face à une triple crise : environnementale, sociale et démocratique. Si on regarde, y compris des faits récents comme les derniers rapports américains sur le réchauffement climatique, on voit que les périls dénoncés par les écologistes depuis plus de trente ans sont chaque jour avérés. De la même manière, depuis 2002, le gouvernement nous a plongés dans une situation profonde d'insécurité sociale en détruisant toutes les solidarités, la situation est grave et nous devons être aptes dès 2007 à répondre à l'urgence de la situation. Pour y répondre de manière efficace, nous ne pourrons nous contenter de réformettes. Il va nous falloir convaincre l'ensemble de la gauche et ceux avec qui nous prétenderons aux responsabilités, que l'heure est grave et les propositions des Verts apporteront nécessairement des solutions radicales pour être à la hauteur de la situation : la sortie du nucléaire en 2030, la régularisation globale des sans-papiers et la mise en place d'un revenu social garanti en sont des exemples. Mais surtout, il n'y aura pas de changement sans renouveau. Cela ne passe pas seulement par un visage, mais aussi par des pratiques. Pour redonner l'espoir à des gens qui sont chaque jour déçus, nous devrons montrer que tout le monde est capable de faire de la politique et que la politique n'appartient pas à quelques professionnels cumulards et sans ambitions, si ce n'est pour leur propre carrière.
ClemsPolitique- Pourquoi y a-t-il autant de courants politiques chez les Verts ?
C.Duflot- Les Verts sont l'un des rares partis à faire vivre une réelle démocratie interne. On prend toujours le risque du débat quitte à y laisser des plumes. Or même si nous sommes d'accord sur 95% des choses - sinon nous ne serions pas dans le même parti - le débat amène souvent une grande diversité d'opinions sur les 5% restants. Les courants sont le résultat de nos règles internes. Parfois, la démocratie ça prend du temps, ça embète aussi. Certains trouvent que cela est pénible et puéril, moi au contraire je trouve que c'est une richesse. Mais une richesse à encadrer bien sûr ! Pour moi, l'important c'est que ces courants ne se transforment pas en écuries mais essayent d'alimenter le débat d'idées sans se perdre dans les débats de personnes.
ClemsPolitique- Que pensez vous des 4 autres candidats à l'investiture chez les Verts ?
C.Duflot- Je n'aime pas particulièrement ce genre d'exercices médiatiques qui consiste à essayer de nous faire taper les uns sur les autres. Le but de cette primaire c'est de choisir un porte-parole et une manière de faire campagne, pas de s'égratigner les uns, les autres. Ce qui est drôle, c'est que ce sont tous les quatre des historiques du mouvement alors que je suis chez Les Verts depuis cinq ans. Chacun a décidé de donner un certain profil à sa campagne. Dominique Voynet mise sur son expérience de Ministre, personnellement je ne crois pas que ce soit sur un aspect institutionnel que nous devrons mener cette campagne, mais au contraire nous devrons aller chercher tous les citoyens qui se sentent aujourd'hui exclus des institutions. Yves Cochet a placé sa campagne sous le signe de la radicalité écologiste, je pense aussi qu'il faut exiger des mesures radicales, mais pas seulement le temps d'une campagne et en veillant à rester dans une perspective positive. Quant à Jean Dessesard, il a choisi d'être le candidat du Non au TCE, je crois que le combat pour une Europe fédérale, des régions et des peuples solidaires est prioritaire et cela ne se fera pas sur la base du clivage stérile Oui/Non. Enfin, Alain Uguen défend une position rejettée très majoritairement par Les Verts lors de leur Congrès et que personellement je refuse. Mais ce qui est important, c'est qu'une fois la primaire terminée nous soyons tous réunis pour soutenir le candidat désigné et la campagne que Les Verts auront choisis collectivement.
ClemsPolitique- Seriez-vous favorable à un candidat commun à toute la gauche ?
C.Duflot- Certainement pas ! L'important, c'est le projet, je l'ai dit et répété tout au long de cette campagne interne. L'écologie est à gauche, mais elle n'est pas soluble dans un vaste ensemble qui porterait l'étiquette de gauche. A l'heure où la planète est chaque jour plus en danger, il serait aburde que l'écologie soit absente de la tribune présidentielle ou qu'elle soit laissée à un ou une écologiste de droite qui ne portera que des réponses creuses à un problème complexe. Je crois que nous devrons travailler à un rassemblement, sans aucun doute, mais à un rassemblement où chacun amène sa diversité et où l'on travaille concrêtement à une véritable alternative pour 2007 et après.
ClemsPolitique- Que pensez-vous de Madame Ségolène Royal ?
C.Duflot- J'ai dit il y a quelques semaines - et je le pense toujours - qu'être femme ce n'est pas un programme politique. Il y a un combat féministe - toujours d'actualité - à mener sur la parité aussi bien en politique que dans toute la société. Nous avons réussi a obtenir en 1999 une loi sur le principe de parité aujourd'hui inscrit dans la Constitution, mais il n'y a toujours que 12% de femmes à l'Assemblée Nationale. Et je pense qu'il serait bon que la campagne présidentielle ne soit pas une fois de plus une arène pour taureaux virils et masculins, mais un véritable espace de débat où les femmes ont aussi leur mot à dire. Par contre, ce n'est pas parce que Mme Royal est une femme qu'elle est une bonne candidate. J'aimerais entendre son projet et ce que j'entends aujourd'hui m'inquiète. Que pense-t-elle de l'arrêt du nucléaire ? Que pense-t-elle des questions d'immigration et notamment de la nouvelle loi CESEDA et de la régularisation globale des sans-papiers comme alternative ? Lorsqu'elle proclame qu'elle admire le modèle de Tony Blair, j'aimerais savoir si elle considère que la privatisation de l'éducation est une bonne solution. Elle multiplie les petites phrases, mais j'attends de voir si elle a un programme global. Est-elle favorable à la mise en place d'une agriculture non-productiviste et solidaire ? Je pense que Les Verts pourront éventuellement soutenir le candidat de la gauche qui sera en tête au premier tour, mais pour cela il faudra savoir à quel projet nous nous rallions et ce ralliement ne sera certainement pas automatique. Et puis, c'est le programme des Législatives qui suivront qui fixera des engagements précis en terme de calendrier, d'actions. Les Verts ont quasiment bouclé leur programme. On attend celui du PS... Pour moi, une candidate étiquettée de gauche, mais avec un programme de centre-droit ça ne m'intéressera pas.
ClemsPolitique- Que voudriez-vous demander au gouvernement de Dominique de Villepin ?
C.Duflot- Le gouvernement De Villepin s'est enferré dans la logique des précédents gouvernements Raffarin : alors que la France entière crie sous les coups de sa politique, les plus hautes instances de l'Etat font la sourde oreille. Aujourd'hui, l'affaire du CPE est emblématique, ce n'est plus une jeunesse encartée politiquement qui manifeste mais tout simplement toute la jeunesse et maintenant l'ensemble de la population. Le CPE n'est plus soutenu que par 6% de la population, en démocratie cela s'apelle une minorité et elle doit se plier à la volonté majoritaire. Mais derrière le CPE, il y a un débat beaucoup plus profond : quel avenir pour la jeunesse, aujourd'hui ? Et l'enjeu dépasse le simple CPE, il concerne l'ensemble de la loi égalité des chances avec ses mesures rétrogrades comme l'apprentissage ou le travail de nuit dès l'âge de 15 ans. J'invite Dominique de Villepin à entendre la colère des jeunes - soutenue par l'ensemble de la société - à retirer la loi égalité des chances, à abandonner son attitude répressive en libérant tous les jeunes condamnés pour s'être révoltés depuis le mouvement des lycéens contre le projet de loi Fillon et à organiser un débat national avec toute la société sur la place des jeunes dans notre société. A ce sujet, j'aimerais proposer dès maintenant la création d'un revenu garanti pour les moins de 26 ans et son extension progressive à l'ensemble de la population pour permettre à chacun de vivre décemment quel que soit son projet de vie.
ClemsPolitique- Merci aurevoir
C.Duflot- Aurevoir
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