La campagne présidentielle

Les Buzzs sur internet



Le tendançologue présente la courbe de l'indice weBuzz qui est le cumul du bruit généré par chaque présidentiable sur les trois sphères d'information présentes sur le tendançologue classique (actualités en ligne, blogs et newsgroups).












Clems, Henri Moreigne et Tofraziel décryptent pour nous la campagne présidentielle

logo 2007


Nicolas Sarkozy présente ses propositions en matière de politique étrangère

Nicolas Sarkozy présentait ses propositions en matière de politique étrangère, il a prôné des "changements" diplomatique tout en s'inscrivant dans la continuité de Jacques Chirac. Il a proposé plusieurs changements diplomatique comme en finir avec la tradition du "domaine réservé". "La politique étrangère de la France ne peut plus se concevoir dans le seul secret des chancelleries et des cabinets", a-t-il déclaré. "Le président de la République doit s'expliquer devant le Parlement et devant la Nation sur les choix qu'il prend" selon le candidat de l'UMP. Il s'est aussi prononcé pour une "approche plus doctrinale". "Notre politique étrangère doit être guidée par des valeurs réaffirmées, et par des objectifs clairs et hiérarchisés", a-t-il déclaré. Nicolas Sarkozy a expliqué que sa première priorité serait de débloquer le fonctionnement de l'Union européenne. Il a aussi défendu son idée de "traité simplifié" qu'il souhaite faire ratifier par les Parlements des Vingt-Sept pays européens avant 2009. Au sujet du dossier Airbus, le candidat UMP est partisan d'un "axe franco-allemand aussi fort, mais moins exclusif". Selon lui les problèmes de l'entreprise résidaient dans un "manque d'actionnariat industriel". Le premier objectif de Nicolas Sarkozy serait "d'assurer la sécurité et l'indépendance" de la France et de ses alliés. "Je veux une France libre et une Europe libre", a-t-il déclaré. Il s'inscrit donc dans la continuité de Jacques Chirac, notamment sur les relations avec les Etats-Unis.
Clems




Nicolas Sarkozy a-t-il bénbéficié d'un rabais sur son appartement à Neuilly ?

Selon le Canard enchaîné, Nicolas Sarkozy et son épouse auraient bénéficié en 1997 d'un rabais "d'au moins 300.000 euros" lors de l'achat d'un appartement de Neuilly au promoteur immobilier Lasserre, qui serait aussi un des promoteurs de la ville de Neuilly dont Nicolas Sarkozy était maire au moment des faits. Nicolas Sarkozy a démenti l'information et détaillé dans un communiqué les conditions d'achat de cet appartement. Le candidat de l'UMP s'est élèvé "en faux contre la mise en cause scandaleuse" du journal. "J'ai acheté le 4 septembre 1997 deux appartements situés respectivement au premier et au deuxième étage et totalisant une surface de 222 m² pour un prix, frais compris, de 5.747.670,25 francs soit un coût moyen hors frais de 24.636 francs. Le prix des appartements varie bien évidemment selon leurs caractéristiques. D'autres ont été vendus dans le même immeuble à des prix inférieurs, 22.115 francs du mètre carré pour l'un, 21.509 francs du mètre carré pour un autre. Tous les autres prix sont dans la norme de mon propre achat", explique-t-il. Il précise aussi que l'appartement "était vendu en l'état futur d'achèvement" et qu'il avait "commandé au promoteur un certain nombre d'aménagements complémentaires dont le coût s'est monté à un total d'environ 600.000 francs". "Ces aménagements complémentaires, je les ai payés en sus du prix d'achat", ajoute-t-il. Selon l'hebdomadaire, le couple Sarkozy qui avaient payé 876.227 euros leur appartement aurait obtenu "une ristourne de 12 à 35%" sur le prix au mètre carré de l'appartement. Les Sarkozy aurait aussi "obtenu que son nouvel appartement soit aménagé sur mesure et à grand frais par le promoteur". Le promoteur aurait pris a sa "seule charge" le coût de la réunion des appartements en un seul ("925.002 FF TTC"), et aurait aussi réglé plus de la moitié des autres travaux coûtant au total "907.535 FF TTC", selon l'hebdomadaire satirique. "Au total, entre les réductions sur le prix d'achat, le chantier de transformation" en duplex de deux appartements "et les travaux d'embellissement, les Sarkozy ont économisé au moins 2 millions de francs (300.000 euros)", selon "Le Canard". Le journal indique que le promoteur Lasserre était "le promoteur favori de la mairie de Neuilly". L'hebdomadaire a précisé qu'il publierait dans les prochaines semaines, des enquêtes "sur le patrimoine des quatre grands candidats", avec "les mystères de l'ISF de Ségolène et de François".
Clems




Jean-Marie Le Pen présente son programme lors d'un discours à Lille


Jean-Marie Le Pen, candidat du Front National présentait dimanche à Lille, lors de la convention présidentielle du FN, un "programme de gouvernement". Les grandes lignes de ce programme de 72 pages sont "l'arrêt de l'immigration avec l'application du principe de préférence nationale et le codéveloppement", le "renforcement de la justice avec des moyens accrus (5.000 juges et 75.000 places de prison supplémentaires)", la "relance économique et le retour de la croissance par la suppression des contraintes qui pèsent sur les entreprises", "une grande politique de la famille", et "la mise en place du scrutin proportionnel à toutes les élections". Le candidat estime pouvoir économiser 18,5 milliards d'euros en réservant les aides sociales aux seuls Français. Une "politique du retour" rapporterait 9 à 11 milliards d'euros et la suppression du "principe de discrimination positive" devrait, selon le candidat, faire rentrer 3 milliards d'euros dans les caisses de l'Etat. Jean-Marie Le Pen souhaite aussi construire de nouvelles prisons et renforcer le système judiciaire ce qui coûteraient 3,82 milliards. Il promet aussi un "meilleur remboursement des soins indispensables" et un plan "drastique anti-fraude" qui, selon lui, ferait économiser 5 milliards d'euros à l'Etat. Il souhaite aussi la création d'un "revenu parental" équivalent au SMIC pendant 3 ans pour le premier enfant, renouvelé pour 3 ans pour le deuxième enfant et 10 ans pour le troisième enfant. Cela devrait coûter 15 milliards d'euros grâce à la "suppression conséquente de certains dispositifs actuels". Les recettes fiscales induites et la baisse des dépenses ASSEDIC devraient rapporter 8 milliards d'euros, le FN propose aussi une "harmonisation des régimes de retraite". Le budget de la Défense augmenterait considérablement, "10,8 milliards d'euros" supplémentaires. "3,5 milliards d'euros" pour recruter 70.000 soldats et "6,5 milliards d'euros" pour l'équipement des armées. Il propose aussi la suppression de 50% des subventions d'Etat aux entreprises qui fera économiser 6 milliards d'euros. Un plan drastique de baisse des impôts devrait coûter 29 milliards d'euros, mais, là aussi, "l'effet de relance sur la consommation et l'investissement générera" pour 9 milliards d'euros "de recettes fiscales". Par ailleurs, un plan de lutte accrue contre la fraude rapportera à l'Etat 4 milliards d'euros et "la rationalisation des moyens des services de l'Etat" 4,5 milliards.

=> L'intégralité de son programme (PDF)


Clems




Le PS joue groupé autour de Ségolène Royal


Changement de stratégie du côté de la candidate du PS. Jeudi 22 février, en fin de soirée, Ségolène Royal a annoncé la réorganisation de son équipe de campagne. Un staff réduit à 13 personnes dont les deux anciens adversaires DSK, Laurent Fabius et un joker : Lionel Jospin. A nouvelle phase, nouveau dispositif. Dans un tempo parfait, Ségolène Royal écrase dans l'oeuf les manoeuvres tendant à laisser croire qu'une partie du PS, notamment ses élites, préférait se rallier à François Bayrou plutôt qu' à son tailleur blanc. Exit donc la polémique suscitée par la tribune anonyme dans Libération signée d'un soit-disant collectif de hauts fonctionnaires socialistes auto-baptisé "Spartacus" revendiquant leur soutien au candidat centriste. Tout aussi exit, l'ouverture faite en destination de DSK par le président de l'UDF qui n'excluait pas en cas de victoire de faire appel à ses services à Matignon. Désormais, la famille PS sert les coudes et affiche l'unité au sein de "l'équipe du pacte" composée outre les personnalités historiques (Pierre Mauroy, Henri Emmanuelli, Lionel Jospin, Martine Aubry, Yvette Roudy Bernard Kouchner), des maires de Paris et de Lyon, des présidents des groupes parlementaires et du patron du PS. Bref, un aéropage de socialistes expérimentés, très éloigné de l'amateurisme souvent reproché à l'équipe de Désirs d'Avenir. Reste à savoir, si cette unité restera de façade où si elle prendra corps. Jusqu'à présent, Laurent Fabius, DSK et Lionel Jospin, qui s'étaient opposés à Ségolène Royal à l'époque de la primaire socialiste ne lui ont depuis apporté qu'un timide soutien. François Hollande, autre "sélectionné", souligne toutefois tout l'apport potentiel de Lionel Jospin : "son expérience, sa force, le souvenir des campagnes qu'il a menées et notamment montrer ce qu'il ne faut plus refaire : la dispersion et la perte des repères". La présence du premier secrétaire sur la feuille de match siffle également la fin de la cacophonie résultant de la rivalité entre les QG du PS et de la candidate. Le groupe des 13 sera chargé d'animer et de tenir, à sa convenance des réunions de campagne à travers le pays, a précisé Mme Royal en ajoutant que ses membres pourront se réunir à leur convenance. Parallèlement, le dispositif de campagne est complété par deux "conseillers spéciaux" (Jack Lang et Julien Dray), et trois porte-parole placés sous la coordination de Jean-Louis Bianco (Arnaud Montebourg, Vincent Peillon et Najat Belkacem, nouvelle venue, conseillère régionale PS de Rhône-Alpes). Enfin, l'architecture globale intègre la création de deux autres pôles "coordination des forces" (François Hollande, Jean-Michel Baylet, Jean-Pierre Chevènement) et "expression publique et communication" ( Claude Bartolone, Gilles Savary, Manuels Valls et Elisabeth Guigou). Le Bureau national du PS, qui se réunit toutes les semaines, conserve quant à lui les fonctions de Conseil stratégique. Après les Rois Mages, (Royal, DSK et Fabius) le PS nous sert donc aujourd'hui les apôtres. Le temps est en effet à une double résurrection. Celle de la candidate elle-même après son trou d'air mais aussi, des éléphants dont certains avaient déjà une patte dans le cimetièrre. Heureusement, ils ne sont pas douze mais bien treize. Histoire sans doute d'exorciser pour l'un d'eux la tentation de Judas.
HM




José Bové, candidat de l'insurrection électorale contre le libéralisme

José Bové a officialisé, jeudi 1er février, sa candidature, déjà annoncée, à l'élection présidentielle. Cette dernière ne deviendra toutefois électoralement effective que s'il réussit à réunir les 500 signatures d'édiles requises. Fidèle à son image d'irréductible gaulois, Astérix, dont il joue à la perfection, celui qui s'est fait le chantre de la désobéissance civile a, sous une bannière proclamant "Un autre monde est en marche", décrété l'insurrection électorale contre le libéralisme économique.  Outre la recherche d'une alternative au modèle économique libéral ultra dominant, le leader altermondialiste entend "incarner la volonté commune de battre la droite et l'extrême droite et de redonner l'espoir d'une alternative à gauche". Il pourra s'appuyer dans ce combat sur les collectifs anti libéraux et sur les déçus des Verts et du PCF.  Ségolène Royal n'est pas épargnée. Elle incarne à ses yeux le  renoncement à changer le système.  Seul hic dans ces effets d'annonce et les envolées lyriques, les premières enquêtes d'opinion qui ne créditent l'homme du Larzac que d'intentions de vote se situant entre 1 et 3%, malgré une côte de sympathie beaucoup plus élevée. Partant de très bas, il ne pourra donc faire que mieux. De sa progression dépendront les ralliements qui pour l'heure, à l'image de celui de Clémentine Autain, se font prudemment attendre.  Autre élément de suspense, le parcours judiciaire du candidat. Le 15 novembre 2005, il a été condamné à quatre mois de prison ferme par la cour d'appel de Toulouse pour l'arrachage de maïs transgénique en juillet 2004. Reste donc à savoir quand la Cour de Cassation se prononcera sur son pourvoi et, en cas de confirmation de la peine, ses modalités d'exécution. Peu de chances pourtant qu'un procureur, aux ordres du pouvoir politique, lui laisse la possibilité de bénéficier d'une notoriété assurée par une campagne menée depuis une cellule.   Autant dire que la candidature de Josè Bové a pour premier effet de recentrer la campagne tirée jusqu'alors vers la droite par un Font National profondément ancré dans l'opinion depuis 2002. Ségolène Royal qui avait pris dans un premier temps le PS à contre-pied en chassant sur les terres et valeurs traditionnellement de droite se trouve désormais contrainte de revenir dans le champ idéologique de la gauche. Une opportunité inespérée pour une candidate en chute libre dans les sondages qui en se repositionnant sur l'échiquier devrait pouvoir, sans se déjuger, s'appuyer ouvertement sur la force de frappe du PS, ténors et appareil, soigneusement laissée de côté jusqu'à présent.
HM




Le rôle trouble des Renseignements généraux dans la campagne présidentielle

Selon Le Canard enchaîné du 24 janvier, le cabinet de Nicolas Sarkozy aurait donné ordre aux Renseignements généraux (RG) d'enquêter sur Bruno Rebelle, nouveau conseiller de Ségolène Royal. Le cabinet de Nicolas Sarkozy dément "formellement". Le patron du PS, François Hollande, demande "qu'il y ait immédiatement des vérifications". L'hebdomadaire satirique, qui s'est construit au fil des années une solide réputation pour la qualité de ses révélations, indique que Bruno Rebelle, une fois nommé conseiller pour l'environnement dans l'équipe Royal, aurait fait l'objet d'une enquête des RG sur demande directe du cabinet du ministre de l'Intérieur. Les investigations auraient été menées par la cellule Environnement de la sous-direction de l'analyse des RG. Trois policiers auraient été affectés à cette mission, qui aurait débouché sur la rédaction d'une note suffisamment exhaustive (trois pages) pour aborder la vie privée de l'intéressé, dont la question de son divorce. Bruno Rebelle n'est pas un inconnu. Il a démissionné à la fin de l'année du poste de numéro deux de Greenpeace International, après avoir été président de Greenpeace France. Il est devenu une pièce sensible du dispositif de campagne de Ségolène Royal qui souhaite réserver une place importante à l'écologie dans son projet. Pour le porte-parole du PS, Julien Dray, ces informations "confirment la confusion totale des genres entre fonction ministérielle et candidature à l'élection présidentielle". Pour sa part, interrogé par France Inter, Bruno Rebelle a déclaré : "Ca en dit long sur la méthode Sarkozy. Avec eux tout est possible." Du côté de l'UMP, on reconnaît seulement avoir constitué une cellule Riposte au sein de l'équipe de campagne de Nicolas Sarkozy, composée d'élus et technocrates assignés à observer et à produire des notes d'argumentaires, essentiellement sur Ségolène Royal. Pourtant, toujours selon Le Canard enchaîné, la section enquête des RG n'arrêterait pas de produire note sur note à l'attention du ministre-candidat. Sur de nouveaux noms et de nouveaux sujets, notamment à l'occasion de chaque déplacement du ministre. Un retour aux bonnes vieilles habitudes des RG, qui les faisaient alors qualifier de "police politique". Leur nouvelle virginité, offerte par leur reconversion d'un temps dans la lutte antiterroriste, semble aujourd'hui partiellement mise entre parenthèses.

HM




La mutation du FN


A l'occasion de la nouvelle campagne d'affichage du Front National, nous avons pu observer concrètement une évolution qui n'est pas nouvelle chez le parti d'extrême droite, mais qui peut dans le futur l'amener à se faire croire plus respectable, et donc à être plus dangereux encore.
Le cerveau de ce début de mutation, c'est bien entendu Marine Le Pen ; celle-ci veut à la fois s'émanciper de l'influence paternelle, et profiter de son aura encore forte. Elle fait de l'ombre aux anciens du Parti, comme Bruno Gollnish, encore trop marqués par la réputation sulfureuse, une réputation qu'ils entretiennent encore, comme on a pu le voir avec les déclarations teintées de négationnisme du numéro deux du FN. lepen
Marine Le Pen veut donc rendre respectable le Parti. D'abord, sur le point de vue moral et éthique où elle a réussi à faire admettre par son père que l'annulation du droit à l'IVG n'était plus une priorité, au risque de faire grincer des dents l'aile ultra-catho du FN. Elle tente aussi de faire passer le Front National pour un parti républicain, loin de ses affinités royalistes récupérées par De Villiers ; c'est le discours de Valmy qui sert de symbole. Marine tente aussi de récupérer les français « d'origine étrangère » qui, déjà et contrairement à une idée reçue, font partie (même minime) de l'électorat Frontiste ; elle se sert ici de son métier d'avocat ayant défendu des sans-papiers. Dans la même logique, elle veut axer le discours du FN sur le rejet de la classe politique, son incapacité à lutter contre les inégalités et le chômage, qui donc concernerait tous les Français, quelle que soit leur origine ; là elle revient aux bases poujadistes du parti paternel.
C'est sur ce terrain qu'elle rejoint ses nouveaux amis, la partie « extrême gauche » qui se veut anti-système, anticapitaliste, anti-américain et bien sûr antisioniste. La visite de Dieudonné à la BBR, le ralliement d'Alain Soral, les messages et échanges compréhensifs entre sites d'extrême droite (comme France-Echos) et la nébuleuse dieudonniste (dont La Banlieue S'Exprime, qui a interviewé Le Pen mais qui fait aussi la pub pour une conférence sur « la dette des Juifs envers les Africains ») confirment ce rapprochement. Quand on entend Alain Soral se réclamer de gauche et pour ça soutenir Le Pen, on pouffe. C'est là la force de Marine : faire croire que le FN est un parti d'ouvriers, républicain et laïc. C'est oublier les bases royalistes, catholiques (comme le disent Caroline Fourest et Fiametta Venner, le Front est l'un des plus fervents combattants de la laïcité et soutient des associations cathos intégristes qui attaquent régulièrement, par exemple, Charlie Hebdo) du Front, ainsi que son programme qui n'a rien « d'ouvrier » : suppression des droits de succession, de l'ISF, de l'impôt sur le revenu, des charges aux entreprises, désengagement de l'Etat au maximum, etc. lepen
On le voit, la tentative de respectabilité entreprise par Marine Le Pen est dangereuse. Dans un monde où tout se joue à l'image immédiate, elle peut faire croire, par sa campagne d'affiches ou des discours très précis, qu'elle et son parti sont proches du peuple, et de tous les Français et faire oublier ce qu'est réellement son programme et son projet de société. Le soutien de Dieudonné et ses amis est en ça criminel, car il légitime cette démarche (Dieudonné a même affirmé avoir apprécié le discours de Valmy). On peut juste espérer que ce changement de cap, même s'il n'est que dans l'apparence, peut éloigner les électeurs de base frontistes, outrés des concessions faites au niveau de l'avortement ou de « l'identité » française. Réponse au mois d'avril.
Tofraziel




Bayrou : le pari du troisième homme


Dans cette chronique des Présidentielles, nous allons parler à présent de celui qui tente de se poser au-delà des clivages gauche/droite, celui qui monte lentement mais sûrement dans les sondages : François Bayrou. Quelles sont sa stratégie, son discours, voire son programme pour 2007, et ses espérances ? Bayrou
Comme à notre habitude, remontons à 2002. Bayrou s'est présenté à cette élection présidentielle, où il a recueilli pour le compte de l'UDF 6,84% des voix. Après avoir affirmé son soutien, bien entendu, à Chirac pour le second tour face à Le Pen, il appelle le Président réélu à s'ouvrir vers les autres partis, et à profiter de son score de république bananière pour gouverner large et rassembler, en particulier à droite. Mais Chirac, sous l'impulsion de Juppé et Sarkozy, décide de créer le « parti unique » de droite, ignorant la pluralité, et impose l'UMP, dont un certain nombre de membres de l'UDF rejoint les rangs. Bayrou parvient pourtant à garder le contrôle de l'UDF et à obtenir 30 sièges aux législatives qui suivent.
Par la suite, et durant plus de trois ans, Bayrou va jouer d'ambiguïté. Il ne va pas cesser de se prononcer contre l'hégémonie de l'UMP, mais pendant longtemps ne va pas oser affirmer par des actes sa rébellion contre le parti devenu sarkozyste. Parallèlement, l'UDF a légèrement progressé lors des élections régionales et européennes. En UE, justement, il affirme sa différence en quittant le Parti Populaire européen, auquel appartient l'UMP.
Ce n'est que depuis peu qu'il a décidé d'entrer en conflit ouvert avec le parti majoritaire. Des débuts difficiles avec la contestation au sein de son parti de Gilles de Robien, membre du gouvernement, et lors du vote de la motion de censure en mai 2006 où seuls dix de ses députés le suivent quand il rejoint l'opposition (ce qui provoque une mini crise au CSA, incapable de classer Bayrou dans le décompte des temps de parole). Refusant de se rapprocher plus de la gauche, il affirme son ambition d'une troisième voie, révolte contre l'hégémonie des deux grands partis, passant outre le clivage gauche/droite qui pour lui sclérose le débat politique. UDF
Il continue à creuser ce sillon de troisième homme. Il décide de pourfendre le système médiatique qui, selon lui, fabrique les candidats selon son bon vouloir et avec leur complicité, prenant comme exemple l'omniprésence de Ségolène Royal et de Sarkozy dans tous les grands medias. Il va jusqu'à fustiger TF1 en particulier, et tous les gros groupes de presse aux mains d'industriels et dont on pourrait douter de l'impartialité vu les enjeux et les relations étroites que certains d'entre eux ont avec les politiques (en particulier Sarkozy avec Lagardère et Bouygues).Cette réaction de « révolte » semble porter ses fruits et il progresse dans les sondages.
Bayrou a donc décidé d'axer sa campagne et sa stratégie sur sa différence et son indépendance des gros appareils. Il est fort possible que cela joue en sa faveur, un rejet du matraquage médiatique des deux candidats vedettes Royal/Sarko n'étant pas à exclure. Pourtant, cela paraît un peu juste, et on attend encore son programme qui n'est qu'à l'état d'ébaûche. On l'entend très peu sur les grands thèmes d'actualité (les banlieues, la sécurité, l'international, Europe exceptée) et il faudra qu'il marque aussi sa différence de ce côté s'il veut être la « surprise » de 2007. Car s'il est, pour l'instant, en dehors du cirque médiatique au contraire de ses deux principaux rivaux, eux aussi incarnent un renouveau, une rupture, et surtout deux idées très distinctes et de plus en plus précises de la France. Il est pour le moment bien difficile de deviner quelle est la vision de la France de Bayrou.


Tofraziel




Front National : un deuxième 21 avril est-il possible ?

FN
Plus la Présidentielle approche, plus les rapports de force sont flous. Ségolène Royal semble stagner un peu, et est même bousculée au sein de son parti par Strauss-Kahn; Nicolas Sarkozy voit les prétendants possibles et les attaques se multiplier à l'intérieur même de sa majorité ; Bayrou croit encore à la possibilité d'être le troisième homme...Dans ce contexte, on peut donc penser que le Front National peut tirer, encore, son épingle du jeu ! Nous allons donc voir sa situation et prospecter sur ses chances.
Mais tout d'abord, comme pour les autres candidats, revenons un peu en arrière, en 2002. Ce n'est un secret pour personne, Jean-Marie Le Pen a atteint le second tour avec 16.86% des voix, devançant dans la stupeur Lionel Jospin (16.18%) ! Un score légèrement supérieur à ses scores précédents (15% en 1995); il profitait donc sans soute de l'éclatement des voix à gauche. Au second tour, après deux semaines où la France (qui, pour beaucoup, n'avait pas voté) est descendue dans la rue contre lui, il a tout de même obtenu plus de 18% au second tour, devant donc s'incliner devant un Chirac au score de république bananière...Et comme par le passé, ses scores et l'abscence de proportionnelle ont éloigné le FN de l'Assemblée Nationale.
Aux élections suivantes, les européennes et les régionales, le parti de Le Pen reste à peu près dans ses scores habituels : il obtient 7 sièges au Parlement européen, et entre 13 et 15% aux régionales sans bien sûr remporter de région.
C'est le débat sur le referendum sur le traité de Constitution européenne en mai 2005 qui va le relancer. Avec à la fois son rival d'extrême droite Philippe de Villiers, et l'extrême gauche antilibérale, Jean-Marie Le Pen va faire campagne pour le Non, en toute logique avec sa politique anti-européenne et souverainiste. Et on ne peut nier que la victoire du Non est au moins autant la sienne (et celle de Villiers) que celle des antilibéraux... lepen
Jean-Marie Le Pen annonce donc sa candidature à la Présidentielle; pourtant, certains pensaient que son âge et le « baroud d'honneur » de 2002 ne plaidaient pas en sa faveur, et on sentait pousser derrière lui son bras droit Bruno Gollnisch et surtout sa fille Marine estimée plus « respectable ». Ce sera finalement lui, une dernière fois sans doute. On aurait pu penser que les manoeuvres de Sarkozy pour séduire son électorat auraient pu l'affaiblir; ce fut peut-être le cas les premières années, mais depuis les émeutes de 2005, et encore plus depuis les agressions de policiers, il semblerait que, comme le dit Le Pen lui-même, les gens préfèreront l'original à la copie...De Villiers aussi semblait pouvoir menacer son hégémonie à l'extrême droite, mais même en s'étant démarqué de lui par le choix de « l'islamisation de la France » comme combat, le député vendéen semble ne pas décoller, même s'il refuse une alliance avec le FN. Quant à Bruno Mégret et ses ennuis judiciaires, il pourrait aussi rallier le FN, chose que Jean-Marie Le Pen refuse pour le moment.
On peut donc penser que tout est reparti comme en 2002, voire mieux pour lui ! En effet, il annonçait en 2002 qu'une émeute dans les banlieues serait « bonne pour lui », elle a eu lieu ensuite mais pourrait parfaitement se reproduire et bien plus près des élections ! De plus, Le Pen a légèrement « adouci » son discours, moins de phrases chocs et une affirmation de l'importance de la Nation, et même de la République comme l'atteste son étonnant voyage à Valmy ! Et les problèmes de sécurité et d'immigration (ses deux thèmes principaux voire uniques) mis en avant par à la fois Sarkozy, les medias et des événements précis (comme les arrivées massives de clandestins, le squat de Cachan, etc) lui permettent de dire « je vous l'avais dit »...
Pourtant rien n'est fait : le problème pourrait d'abord venir de son programme. En effet, outre les thèmes de la sécurité (tolérance zéro) et de l'immigration (immigration zéro), de la préférence nationale, le reste est souvent peu connu du grand public. S'il semble, sous l'impulsion de sa fille, avoir renoncé à interdire l'avortement (même si cela figure dans ses propositions, ce n'est plus prioritaire), le reste de son programme est très conservateur, au niveau des valeurs : remettre la famille au coeur, donner un statut à la mère de famille, abroger le PACS et revaloriser le mariage, redonner des cours de morale à l'école, ainsi que favoriser des cours qui « confortent l'idendité nationale », etc. Au niveau de l'emploi, outre la préférence nationale, il veut l'abrogation des 35 heures, favoriser les PME, les artisans et les commerçants; pour le social, toujours préférence nationale, plus une liberté pour prendre sa retraite, des régimes complémentaires de « libre choix », ce qui se rapprocherait d'une vision libérale.Une idée que l'on voit aussi au niveau de la santé : « redonner sa liberté au régime conventionnel de santé ». C'est encore plus flagrant au sujet de l'économie : l'Etat doit se concentrer sur ses missions régaliennes, « désétatiser la société française », réduire les dépenses publiques, etc. Sans parler de la suppression de l'impôt sur le revenu, de la CSG, réduire les impôts sur les bénéfices. Pour l'international, outre un rééquilibre des relations franco-américaines, une affirmation de la présence française en Outre-Mer, c'est au niveau de l'Europe que l'on voit les mesures les plus spectaculaires, en particulier « sortir de l'UE » ! Enfin, le Front National insiste sur la volonté de gouverner « par referendum ».
On voit donc un programme très « national », mais aux accents conservateurs pour les valeurs, libéraux (désengagement massif de l'Etat) au niveau intérieur, et protectionnistes à l'international. On peut se demander si cela plaira aux Français s'ils prennent la peine de voir plus loin que les deux thèmes principaux du FN.
L'autre point qui pourrait gêner Jean-Marie Le Pen pour un éventuel « 21 avril bis », c'est l'éclatement annoncé des voix et le traumatisme à gauche, qui risque de voir les électeurs se mobiliser et cette fois « voter utile ». On peut quand même penser, de plus en plus, que trois ou quatre candidats vont se retrouver dans un mouchoir de poche, et cela peut autant bénéficier que nuire au candidat du FN.
Quelque soit le résultat (car il ne sera probablement pas élu), Jean-Marie Le Pen va tout de même peser dans la campagne, même s'il peine encore à trouver les 500 signatures, et pourra ensuite laisser la place à sa fille, qui semble plus appropriée que Bruno Gollnisch pour lui succéder, alors qu'elle tente depuis un moment de donner une allure et une réputation moins sulfureuses au Front National.
Tofraziel




UMP : ce ne sera peut-être pas si simple pour Sarkozy

sarko
Il y a quelques semaines, je remarquais avec un certain étonnement que la hache de guerre semblait être enterrée au sein de l'UMP. On a l'impression depuis peu qu'il n'en est rien ! La guerre a juste changé de visage. Auparavant, les tensions Sarkozy/Villepin, voire Sarkozy/Chirac, se faisaient quasiment au grand jour, à partir de petites phrases lancées par le président de l'UMP, des « apparitions charismatiques » du Premier ministre et des rappels à l'ordre plus ou moins couverts du Chef de l'Etat. A présent, il semblerait que l'initiative a changé de camp.
On peut penser que l'offensive chiraquienne date du voyage de Nicolas Sarkozy aux USA, où il a glosé sur l'arrogance française et insisté comme une groupie pour être pris en photo avec George W. Bush (et la fameuse photo « truquée » où Sarkozy a gagné quelques centimètres comme par enchantement). Cette allégeance à la politique étrangère américaine a été très mal prise en France, y compris par l'opinion semble-t-il. Il y a eut ensuite la sortie de François Fillon sur les régimes spéciaux, qui devait rencontrer une forte adhésion, mais qui n'a semble-t-il pas été lancée au bon moment. Autre événement, les agressions de policiers ; si Sarkozy a tenté de mettre tout sur le dos des magistrats (avec l'apparition surprise d'un sondage allant dans son sens dès le lendemain de sa déclaration), il n'a pu dissimulé son échec dans le domaine de la sécurité, et en particulier de l'atteinte aux personnes et de la situation catastrophique en banlieue où, que ce soit en tant que Ministre de l'Intérieur ou candidat, sa réponse n'est que répressive. La médiatisation des descentes de police a à la fois gêné la police, et n'a pas trompé les Français sur la tentative de manipulation ; c'était trop gros ! Surtout qu'une fois de plus, il y a eu peu d'interpellations, une stigmatisation des quartiers et que les coupables courent toujours...Enfin, l'affaire du squat de Cachan : il est évident à présent que le gouvernement et Jacques Chirac ont laissé la situation se pourrir pour piéger Sarkozy. Ce n'est pas un hasard si la situation a été réglée le lendemain de l'intervention de Dominique de Villepin, alors que Sarkozy en était encore à accuser les associations et surtout le maire de Cachan à l'Assemblée.
Toutes ces situations ont montré la fragilité de Sarkozy et surtout les limites de ses méthodes uniquement basées sur des effets d'annonce et une médiatisation à outrance. Les chiraquiens ont donc commencé à avancer leurs pions : d'abord en répondant aux déclarations de Sarkozy sur la politique étrangère, les régimes spéciaux, etc, en allant dans le sens inverse de ses projets. Ensuite en l'obligeant à se plier à la volonté de Villepin au sujet de la privatisation de Gaz de France : il était obligé de donner consigne de vote à ses députés pour aller dans le sens du projet, mais ainsi passait pour un menteur par rapport à ses déclarations aux ouvriers de GDF quelques mois auparavant. Enfin, les chiraquiens commencèrent à faire miroiter la possibilité d'autres candidats au sein de l'UMP, Villepin peut-être mais surtout Michèle Alliot-Marie ! Tout ça semble avoir commencé à agacer le président de l'UMP : il enjoignait Villepin à se prononcer plus clairement, et envoyait l'un de ses lieutenants, Estrosi, pour qu'il demande à Alliot-Marie d'elle aussi se déclarer ouvertement ! La Ministre de la Défense a affirmé alors qu'elle ne se déclarerait que début 2007 ! Et on peut ajouter à tout cela trois choses : les indices d'une possibilité de candidature de Chirac « à la Mitterrand en 1988 » ; le retour d'Alain Juppé qui compte bien peser dans le débat, c'est-à-dire gêner son ennemi Sarkozy ; et certaines déclarations de parlementaires UMP villepinistes qui affirmaient qu'ils préfèreraient voter Royal plutôt que Sarkozy ! Rappelant ainsi la méthode de Chirac contre Giscard en 1981...
On a vraiment l'impression aujourd'hui que les chiraco/villepinistes ont le vent en poupe : la pression est sur Sarkozy, qui risque de faire de plus en plus d'erreurs et la route est encore longue. On peut se demander si les ennemis du président de l'UMP au sein de son parti ne tablent pas sur soit un écroulement du candidat et un recours à Villepin voire Chirac (comme à gauche certains tablent sur un écroulement de Royal et le recours à Jospin, voire DSK ou Fabius), ou sur une défaite de Sarkozy en 2007 face au candidat socialiste et une préparation à 2012 qui expliquerait le retour de Juppé.
Quoiqu'il en soit, il semblerait que rien ne soit joué et que la ranc½ur chiraquienne envers son ancien poulain soit telle qu'il est prêt à tout pour le gêner...L'élection étant encore loin, les nerfs de Sarkozy étant ce qu'ils sont, on peut croire à quelques surprises, ou au moins quelques rebondissements.
Tofraziel




PS, un fauteuil pour trois :


Ils ne sont donc finalement que trois à briguer l'investiture au PS, après plusieurs mois de cacophonie qui n'aura probablement pas donné une image très positive du Parti ! On a parlé à un moment, il y a moins d'un an, d'une dizaine de prétendants ! De Jack Lang à Martine Aubry, en passant par François Hollande, Arnaud Montebourg, et bien sûr le retour calamiteux de l'Ancien Lionel Jospin, il y en aura eu pour tous les goûts. D'abord divisés en deux groupes le lendemain du Non au referendum, puis soit par « courant » comme Strauss-Kahn, soit par « expérience politique et stature d'Homme d'Etat » comme Jack Lang ou Lionel Jospin ... Et enfin, par « popularité au sein des sondages » avec Ségolène Royal. François Hollande, après avoir recollé les morceaux du referendum, puis réussi à faire adopter un programme commun très large et encore relativement vague, a dû batailler pour que son Parti présente un visage relativement cohérent avec un nombre limité de candidats. Exit par exemple Montebourg, qui a lâché son courant du Nouveau Parti Socialiste en rejoignant Ségolène Royal (en compagnie de Julien Dray) ; exit Lionel Jospin qui s'est présenté comme un rassembleur après avoir fait un demi mea culpa à La Rochelle, mais que personne ou si peu n'a suivi, et qui a donc préféré se retirer une nouvelle fois pour éviter de diviser (et une sortie bien moins flamboyante que la précédente, déjà ternie par son retour) ; exit Jack Lang, qui a ramé pour obtenir les soutiens et les signatures au sein du Parti, et dont tout le monde ignorait le programme et la ligne. Exit François Hollande, favori après les victoires électorales de 2004, mais trop pris par son travail de rassembleur et surtout en déficit de charisme, en particulier face à l'ascension irrésistible de sa compagne. Trois donc, avec par ordre de candidature : Dominique Strauss Kahn, Ségolène Royal et Laurent Fabius. Nous allons donc ici résumer très succinctement les lignes de « programme » ou « d'idéologie », ainsi que le profil de ces trois candidats et leurs chances respectives.

ps mosaique

- Dominique Strauss Kahn : il se déclare ouvertement « social démocrate », et veut placer l'économie et le social au centre de la politique, en augmentant le pouvoir d'achat et en relançant la croissance. Il veut aussi un Président actif, pas une icône, et un renforcement du Parlement. Un homme au charisme certain, mais qui ne semble pas toujours à l'aise dans les interviews où il a tendance à trop faire « le charmeur cool » ; sa force est son expérience, et surtout sa réelle connaissance des dossiers, en particulier économiques. De plus, sa ligne n'a jamais changé et est sans doute la plus solide et la plus structurée.
- Laurent Fabius : il veut s'ancrer à gauche, ce qui tranche avec son ancienne réputation et surtout avec ses pratiques alors qu'il était Ministre des Finances sous Jospin. Défenseur en particulier du SMIC à 1500 euros, et d'une vraie politique de logement, ainsi que d'une ligne écologique peut-être plus marquée que ses deux concurrents. Il n'est pas non plus contre une alliance avec l'extrême gauche. Sa force : son expérience, mais aussi ses qualités d'orateur. En revanche, son basculement à la gauche du PS en a laissé plus d'un perplexe, et il doit continuer à convaincre de ce côté-là.
- Ségolène Royal : sa devise « Ecouter pour agir juste » résume bien sa ligne ; elle est pour la démocratie participative, plus proche du Peuple. Elle réclame un retour aux « valeurs » de la famille, de l'ordre et du respect. Elle place l'éducatif au centre des problèmes, ne nie pas un recours à la répression, sans nier le volet préventif. Elle est à l'origine de la proposition du service civil. Sa force : son charisme naissant, sa popularité dans les sondages, le fait qu'elle soit une femme et relativement « neuve », un discours également qui ignore certains tabous propres à la gauche. Mais elle est encore floue dans beaucoup de ses axes, en particulier économiques et internationaux, elle a peu d'expérience en première ligne, est frileuse au débat et le fait que son succès soit basé sur les sondages peut au bout du compte se retourner contre elle.

Il y a donc trois lignes finalement assez différentes dans ces candidatures. Ségolène Royal est bien entendue la favorite au vu des sondages, mais DSK a une ligne solide et un vrai programme, et Fabius des soutiens tout en pouvant être le refuge de ceux qui ont peur que le PS ne soit plus assez à gauche avec Strauss-Kahn et surtout Royal. Si Ségolène Royal l'emporte, il faut juste espérer pour le PS qu'elle aura les épaules pour la suite, et que ses concurrents l'aideront, et qu'elle acceptera également leurs idées. Car quoiqu'il arrive, et même avec un ou une candidate triomphalement désigné(e), le Parti ne peut se permettre d'arriver divisé aux Présidentielles et aux Législatives. N'allons pas non plus jusqu'à imaginer une éventuelle candidature de Fabius même en cas de défaite à l'investiture ...
Tofraziel




Dieudonné : un candidat qui gêne ?



Pour continuer cette chronique, nous allons nous intéresser à l'un des « petits » candidats qui fait le plus débat : Dieudonné M'bala M'bala. Nous ne verrons pas ici en détail son parcours de comédien, dont le talent est reconnu même parmi ses plus fervents détracteurs, mais comment il est devenu, après avoir tenté « à la Coluche » une collusion des genres, un véritable homme politique. Dieudonne

Sa carrière politique débute à Dreux, en 1997, quand il se présente aux législatives pour principalement s'opposer à la candidature de la frontiste Marie-France Stirbois. Il arrive 4è des listes, avec 7,74% des voix. Son engagement continue par la suite, aux côtés du mouvement Les Utopistes (qui donneront plus tard Les Ogres) : en 1998, aux régionales avec 4,77% des voix puis en 2000 où il tente de se présenter pour les élections présidentielles de 2002, avant de jeter l'éponge faute de signatures. En 2000 encore, il reçoit le titre honorifique « d'homme de bonne volonté dans sa lutte contre le racisme » de la part de l'ONU.
A l'époque son engagement est reconnu par tous, en particulier à gauche, et il s'associe aux mouvements de sans-papiers ou à des groupes de lutte comme le DAL. Il se déclare régulièrement contre les influences religieuses, le communautarisme et bien sûr le racisme. Son premier procès « en racisme » est fait par le mouvement d'extrême droite catholique, proche du FN, l'AGRIF, en 2000. Celui-ci l'accuse de cette phrase, qu'il aurait dite à France-Soir : « [les Noirs sont] considérés en France comme de grands enfants, des clowns pour le Blanc esclavagiste. L'avenir, c'est Internet. Le Béké est fini... La survie ne tient que dans le métissage. Et moi, j'observe, avec le sourire, sa déchéance ». Dieudonné sera relaxé en appel. Mais ce n'est que le début des accusations contre lui; elles continuent en 2002, quand il est taxé d'apologie de terrorisme pour avoir préféré le charisme de Ben Laden à celui de George W.Bush dans une interview à Lyon Capitale; il est encore relaxé.
Le véritable tournant intervient en 2003, à l'émission de Marc-Olivier Fogiel, « On ne peut pas plaire à tout le Monde » où, en hommage à son ami Jamel Debouzze, il effectue un sketch (bouclé à la hâte) parodiant un Juif orthodoxe sioniste enjoignant le comédien franco-marocain à rejoindre l'axe américano-sioniste ! Ce sketch se termine de façon ambigue par un geste du bras (tendu) et une phrase que certains comprendront comme « IsraHeil », chose que Dieudonné démentira...Mais la polémique est lancée : Dieudonné est attaqué en justice par presque toutes les organisations antiracistes (même si certaines sont moins virulentes, comme le MRAP), il gagnera tous les procès, le plus souvent en appel. Les associations de la communauté juive montent elles aussi au créneau bien entendu. Dans une émission suivante de Fogiel, des SMS font part de leur indignation, mais un en particulier interpelle Dieudonné sur « l'odeur des noirs » : il attaque en procès à son tour, et Fogiel (ainsi que Marc Tessier) sera condamné (il ne fera pas appel) pour avoir, entre autres, laisser diffuser un message à caractère raciste qui aurait, qui plus est, été monté par son équipe...Les soutiens de Dieudonné revendiqueront par la suite la victoire suite à l'arrêt de l'émission sur France 3.
Pourtant, même si Dieudonné gagne dans les prétoires, il lui devient plus difficile d'exercer son métier. Des agressions ont lieu durant certains de ses spectacles, et le directeur de l'Olympia préfère annuler sa représentation suite à des menaces et des pressions. Dieudonné reçoit le soutien de personnalités, dont beaucoup le lâcheront plus tard, de façon plus ou moins abruptes : si un Bedos condamnera ses différents propos, ainsi que ses fréquentations à venir, mais aussi la censure dont il va être victime dans les medias, un Jamel Debouzze coupera les ponts brusquement après l'avoir soutenu jusque sur la scène du Zénith...
Si présenter ses spectacles devient difficile pour Dieudonné, son activité politique continue et s'accroît, tout comme ses déclarations « chocs ». En 2004, il fait partie de la liste Europalestine qui fait de bons scores en banlieue en particulier, lors des Européennes. Il la quitte en octobre, pour des raisons qui fluctuent selon les sources...A la même période il est accusé de faire l'amalgame entre Juifs et négriers, lui déclarant que ceux qui sont devenus sionistes (et ceux qui l'attaquent aujourd'hui) sont d'anciens négriers, pas tous les Juifs...Au même moment intervient son véritable basculement entre humoriste et homme politique, ses spectacles « Mes excuses » et « 1905 » (où il fustige un certain intégrisme laïc) étant de véritables brûlots politiques, encore plus que les précédents; il ne se prive pas d'ailleurs pour les citer dans ses discours politiques, comme lors de la campagne avec Europalestine.
Son combat se focalise de plus en plus sur la revendication de dédommagements pour les ancêtres des esclaves noirs, comme la confiscation des terres aux békés des Antilles, et surtout une reconnaissance de l'esclavage et de la Traite comme crime contre l'Humanité, mais aussi génocide. On lui reproche alors une concurrence victimaire avec la Shoah, l'apogée étant son emploi de l'expression « pornographie mémorielle » pour fustiger les commémorations des 60 ans de la libération d'Auschwitz.
Même s'il continue à se dire anticommunautariste, on commence à compter dans ses soutiens plus ou moins officiels un certain nombre d'associations antillaises (parfois indépendantistes) ou noires (autoproclamées comme telles) parfois très radicales...Avec certaines d'entre elles, et par le biais de l'un de ses sites de soutien, Les Ogres.org, il s'attaque par exemple à l'universitaire Pétré-Grenouilleau accusé de « négationnisme » parce qu'il nie le caractère génocidaire de la Traite.
Laïc et « antireligieux », Dieudonné affiche pourtant son soutien à la chaine du Hezbollah, Al Manar, qui sera diffusé très peu de temps en France avant d'être retirée, accusée de diffuser des programmes...antisémites. Dieudonné réitèrera son soutien au Hezbollah lors de la récente guerre du Liban, se rendant même sur place avec Thierry Meyssan, l'auteur controversé de l'enquête affirmant que le 11/09 serait un attentat américano-sioniste. De même, il soutiendra le Hamas (autre mouvement de résistance ultra-religieux) lors de son élection aux législatives en Palestine. Toujours dans le domaine « religieux », sa réaction lors de l'affaire des caricatures de Mahomet sera relativement ambiguë car, sans demander la censure, il comprendra à la fois les réactions des musulmans, tout en rapprochant cette affaire de son sketch sur l'extrémiste sioniste...Enfin, on peut remarquer que sur le site Les Ogres, on reprend régulièrement des articles de l'intellectuel musulman controversé Tariq Ramadan.
Toujours persona non grata dans les medias (malgré quelques apparitions chez Ardisson par exemple), en particulier à la télévision, il accuse le « lobby sioniste » qui serait également coupable de son échec à monter un film sur le Code Noir depuis plusieurs années. Sa principale cible est le CRIF qu'il accuse d'être un groupe communautariste très influent, qui irait jusqu'à dicter sa conduite au gouvernement, comme le ferait le lobby sioniste aux USA avec l'administration Bush. Fin 2005, sur la scène du Zénith (ses spectacles font toujours salle comble), il annonce qu'il se présente aux élections présidentielles de 2007.
En 2006, il continue à être attaqué pour différentes déclarations, et à gagner ses procès, mais son nom revient lors de l'affaire Ilan Halimi, jeune Juif torturé à mort. Devant les soupçons de motivations antisémites des tortionnaires, l'émotion est grande comme l'emballement médiatique mais surtout on fait l'amalgame entre le discours de Dieudonné et les actes du leader des meurtriers, Youssouf Fofana; ce sera d'abord Julien Dray, puis des groupes extrémistes sionistes comme le Betar et la Ligue de Défense Juive qui, selon l'entourage de Dieudonné, seront à l'origine de tracts mettant Dieudonné et Fofana côté à côté durant la manifestation. Le Théâtre de la Main d'Or, QG de Dieudonné, sera d'ailleurs attaqué ce jour-là. A la suite de cette affaire, c'est l'apparition médiatique de la tribu Ka, ouvertement en guerre contre ces milices sionistes, qui met à nouveau Dieudonné en pleine lumière; celui-ci a dans le passé accueilli le parti Kémite (ancêtre de la tribu Ka) à son théâtre pour des débats, et s'il rejette son caractère violent et communautariste, il partage sur certains points son discours, en particulier au sujet de la main-mise des sionistes sur une partie de la politique et des medias. Alors que la tribu Ka est interdite sur ordre du Ministre de l'Intérieur, Dieudonné exige l'interdiction des milices sionistes en parallèle, en particulier La Ligue de Défense Juive, pourtant interdite aux USA et en Israël même.
Aujourd'hui, Dieudonné a rejoint la lutte pour les mal-logés et les sans-papiers de Cachan (dans la droite ligne de ses engagements des années 90), mais on peut se demander quel est son poids et ses chances pour 2007, en particulier pour obtenir les signatures. On ne peut nier que son discours, certes marqué très à gauche, antiraciste et propalestinien, mais qui va jusqu'à soutenir des groupes extrêmes comme le Hamas et le Hezbollah, voire des dirigeants plus qu'ambigus comme Hugo Chavez ou Mahmoud Ahmadinejad, parce qu'ils sont antisionistes, antiaméricains et anti-impérialisme, que ce discours très radical (au sens premier du terme) le marginalise, le caricature parfois et ne le sert en tout cas pas pour se faire entendre par le plus grand nombre, tout comme la censure médiatique qui le frappe toujours. S'il n'obtient pas ces fameuses signatures, il lui sera alors difficile de peser dans le débat, pour une élection présidentielle qui s'annonce décisive et historique, et il risquera de se trouver marginalisé pour de bon.
Tofraziel




Villiers rêve de son 21 avril :



Il est temps, dans notre petite chronique sur les Présidentielles, de nous attaquer à l'extrême droite. J'ai choisi de commencer par Philippe de Villiers, président du MPF, en profitant de son annonce des « 100 mesures pour la France », présentées le 11 septembre.

Revenons tout d'abord aux précédents de Philippe de Villiers au sein de la vie politique française; des précédents relativement « tortueux ». Nous n'allons pas détaillé tout son parcours, mais en tirer les grandes lignes.
Il entre concrètement en politique en 1986 quand, membre de l'UDF (qu'il quittera en 1994), il profite d'une alliance de son parti avec le RPR pour être élu suppléant du député (il était 4è de la liste) de Vendée lors du raz-de-marée de la droite aux législatives. Ce « demi-poste » lui offre une place de secrétaire d'Etat auprès du Ministre de la culture, François Léotard. Il profite ensuite du décès du député vendéen en place et de ses désaccords avec son ministre, pour démissionner et devenir député de Vendée en juin 1987. villiers

En 1988, il soutient le candidat Raymond Barre et devient aux législatives suivantes le député le mieux élu de France, avec 74,56% des voix ! Il s'intéresse ensuite à l'Europe, en menant une liste souverainiste en compagnie de l'ancien juge Jean-Pierre, et envoie 13 députés à Strasbourg. En 1997, il démissionne de son poste européen pour être réélu triomphalement député en Vendée. Sa popularité s'arrête cependant aux frontières vendéennes, comme le prouvent ses 4,7% aux Présidentielles de 1995. Son nouveau parti est alors au bord de la banqueroute. ..
L'année 1999 marque le début de ses « amours » avec Pasqua, alors dissident RPR. Tous deux arrivent devant les autres partis de droite aux européennes ! Encore une fois, De Villiers délaisse les fauteuils de Strasbourg pour ceux de l'Assemblée. L'idylle avec Pasqua est de courte durée, à cause des problèmes de ce dernier au sujet du financement de son parti.

Philippe de Villiers décide de ne pas se présenter aux Présidentielles de 2002, échaudé par son échec de 1995, et ne parvenant pas à obtenir les signatures nécessaires.
Il continue ensuite ses voyages entre la Vendée et Strasbourg. Il profite justement de la confirmation d'une méfiance des Français vis-à-vis de l'Europe pour militer activement et médiatiquement pour le Non au referendum sur la Constitution. Il en est probablement l'un des grands vainqueurs, sans doute plus que la gauche, et ce renouveau médiatique lui permet d'espérer des lendemains meilleurs.
Il axe son discours puis son programme sur le souverainisme tout d'abord, puis semble se rapprocher de plus en plus des thèses du Front National, en particulier au sujet de l'immigration. Mais il s'en démarque en insistant sur « le danger islamiste », avec par exemple son ouvrage sur les mosquées clandestines de l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle. Il tente ainsi de se rapprocher de la communauté juive et de ses factions les plus extrêmes. mpf

On peut se demander aujourd'hui où il en est. Regardons de plus près ses propositions : il insiste d'abord sur l'importance de la ruralité et fustige les aides de l'Etat aux banlieues, au détriment de communes rurales que les habitants désertent. Au sujet de l'immigration, il veut l'arrêt du regroupement familial, une lutte sans merci contre les clandestins et des allocations uniquement destinées aux Français. Il se déclare évidemment contre le mariage homosexuel et pour l'abrogation des avantages fiscaux du Pacs. Dans sa lutte contre l'Islam, il demande la dissolution du CFCM et refuse l'entrée de la Turquie en Europe. Au niveau européen justement, il réclame la restauration des frontières et des taxes douanières, et économiquement veut favoriser les PME et réduire les impôts, ainsi que supprimer les 35 heures et mettre en valeur le travail par rapport au loisir. Dans le même esprit, il rappelle sa haine de Mai 68 en voulant commémorer le 30 mai 1968 quand les Français sont massivement descendus dans la rue pour apporter leur soutien à De Gaulle.
On voit donc que son programme est très à droite, ultra-conservateur. Il se situe entre celui de Le Pen et celui de Sarkozy, et c'est un peu là le problème pour lui. S'il a pu profiter un temps du résultat du referendum, voire de la peur des Français au sujet de l'Islam, il semble ne pas parvenir à mobiliser. Il rogne peut-être un peu sur le FN (Le Pen lui a d'ailleurs proposé une alliance qu'il a refusé), mais certainement pas sur Sarkozy ! Son charisme est limité, son attitude un peu caricaturale, et les électeurs qui partageraient certaines de ses idées savent qu'un Le Pen ou un Sarko seront plus « efficaces ». D'ailleurs, il semble rencontrer de nouvelles difficultés pour récolter les signatures nécessaires à sa candidature.
L'avenir n'est donc pas clément pour Philippe de Villiers. Il semble que sa radicalisation progressive ne porte pas ses fruits, et que ses concurrents (Sarko et Le Pen) ont trop d'expérience, de charisme et d'assise politique pour qu'il puisse leur contester quoi que ce soit.
Tofraziel




UMP : Sarkozy a choisi son adversaire



Le temps des luttes fratricides semble oublié à l'UMP. Finie l'affaire Clearstream, ou le concours de popularité entre Sarkozy et Villepin. Le CPE est passé par là, peut-être, et le Premier ministre a perdu de son aura malgré les bons résultats (même si ça dépend des points de vue) au niveau du chômage. Sarkozy est maintenant certain, sauf accident, d'être le candidat officiel de l'UMP et de la droite gouvernementale, même avec les participations symboliques de Nicolas Dupont-Aignan (qui se présente indépendamment) et de Michèle Alliot-Marie; comme au PS, on agite le retour de l'Ancien, Jacques Chirac ayant été très joueur sur ce sujet lors de son allocution du 14 juillet. Mais, comme le retour de Jospin et même sans doute plus encore, une candidature Chirac relève de la science-fiction ! Selon tous les sondages, Sarkozy devance nettement les autres candidats UMP pour être celui qui conduira l'ex parti chiraquien à la bataille présidentielle. ump
Mais, et c'est cela qui a changé, selon les sondages toujours, si Sarko est en position de force à droite, il l'est beaucoup moins au niveau national. L'émergence à gauche de Ségolène Royal ne semble pas être un effet de mode, et malgré toute la bonne volonté de ses « amis » politiques pour la discréditer, la présidente de Poitou-Charentes avance ses pions, construit un programme et conforte sa position dans les sondages, où elle a même dépassé le président de l'UMP !
Nicolas Sarkozy a donc décidé d'accélérer sa campagne et de commencer à présenter réellement une idée de programme et de société, le tout en marquant sa différence avec Ségolène Royal, régulièrement prise pour cible. La façon qu'il a, justement, de parler d'elle montre un certain agacement, voire une inquiétude devant ce phénomène; si, confronté à Villepin, il semblait plus nerveux et agressif, en particulier quand le Premier ministre jouait de son charisme, face à Royal il est plutôt méprisant et condescendant. Dans les deux cas, le comportement peut être assimilé à une forme de machisme (c'était aussi le cas venant de Villepin, connu pour ses métaphores « imagées »), Sarkozy cherchant l'affrontement et l'attaque personnelle, plutôt que le débat d'idées; à ce titre, dans son discours face au Medef, quand il a déclaré « l'élection présidentielle n'est pas un concours de beauté », tout était dit...On connaît le besoin de s'affirmer de Nicolas Sarkozy, ses tics et son plaisir des caméras et des roulements de mécanique, avec déclarations chocs (entouré de policiers en nombre, quand même), mais il fallait bien à un moment aborder les idées et le programme.
A l'université d'été de l'UMP, après avoir reçu l'hommage de Villepin (auquel il n'a pas répondu, alors qu'il bénéficie aussi des bons résultats de Borloo et du gouvernement) et s'être exhibé à embrasser Cécilia, il a profité de son discours face aux jeunes de l'UMP pour prolonger son esquisse de programme entamée lors des v½ux à la presse en début d'année. Nous allons essayer de le résumer ici : sarko
Tout d'abord, il insiste, mais ce n'est pas nouveau, sur le fait qu'il est l'homme de la rupture. Pourtant, son parcours très jalonné ne tient pas dans ce sens, mais admettons qu'il ait rompu avec sa formation balladuro-chiraquienne pour se convertir au libéralisme à l'anglo-saxonne. Ce n'est pas exactement ça non plus, car depuis le Non au referendum européen, il semble avoir pris quelques distances avec le libéralisme le plus radical, chose qui lui est reprochée par le Medef (voir ses volte faces sur le dossier Suez-GDF et son opposition au CPE). Par la rupture, il veut aussi parler de la façon de faire de la politique; là, son modèle à l'américaine est une vraie rupture : utilisation des medias, phrases chocs, discours à géométrie variable et simplifié (« peuple »), exhibition de la vie privée (à géométrie variable), attaques personnelles sur le ou la rivale, etc. Et son discours sur le manque de confiance des Français envers les politiques, l'abstention, etc, n'est pas sans rappeler ce que dit Le Pen depuis trente ans.
Son deuxième axe s'appuie sur la jeunesse et la méritocratie. Il fustige l'esprit de Mai 68 (et cite même Jaurès « trahi par la gauche »...), qui aurait conforté les jeunes dans l'assistanat, la paresse et leur aurait fait oublié le goût de l'effort et la nécessité de mériter son salaire, son statut, etc. Il veut que le travail soit récompensé; là il est proche des déclarations de Royal (accusée d'être de droite pour cela), mais à la différence qu'il ne parle pas d'égalité des chances et de lutte contre les discriminations qu'elles soient ethniques, sociales ou autres; même son concept flou de discrimination positive n'est pas évoqué, et il réaffirme la primauté de la République, lui qui vantait l'importance des « communautés » il n'y a pas un an ! Il affirme la nécessité d'un service civil, mesure déjà annoncée il y a plusieurs mois par Royal et le PS...
Enfin, il veut lutter contre l'échec scolaire en rejetant les passages de classes automatiques et propose des prêts aux étudiants, menaçant implicitement le système de bourse et se rapprochant du système américain (où les étudiants sortent souvent surendettés de leurs études). Il ambitionne un taux de chômage de 5 % dans cinq ans, sans préciser si comme actuellement le nombre de rmistes va exploser et les salaires stagner pour y parvenir...
On voit donc que son programme se réoriente à droite, même si comme toujours il n'insiste pas sur ses aspects les plus libéraux, connaissant l'aversion des Français pour la jungle libérale. Il tente de rallier les jeunes, sachant que chez eux son image est associée à la police. Et surtout, il se pose en alternative à Ségolène Royal qu'il a quasiment officiellement adoubée comme principale rivale. Nous verrons dans les mois à venir s'il est parvenu à s'incarner comme un vrai facteur de rupture, mais il semble déjà avoir convaincu une partie des « peoples » avec lesquels on le croise sur les couvertures des tabloïds : après les soutiens affichés de Jean Reno, Christian Clavier ou Jean-Marie Bigard, c'est au tour de Johnny Halliday et de Doc Gynéco d'annoncer qu'ils sont officiellement membres de l'UMP. Face à l'armada sympathisante de gauche au sein des artistes (de Balasko à Berling, en passant par Béart, Bacri, Jaoui, etc), c'est déjà ça de gagné...
Tofraziel




Extrême gauche : la grande incertitude


A quelques mois du lancement de la campagne des Présidentielles, la situation de l'extrême gauche (LO et LCR) semble très compliquée. Nous allons donc tenter d'en faire un bilan pour estimer ses « chances ».

Revenons tout d'abord, comme nous l'avons fait pour les autres candidats potentiels, à l'élection de 2002.
besancenotSi Arlette Laguiller (LO) s'est maintenue dans ces scores habituels, voire mieux (5.30% en 1995, 5.75% en 2002), le score d'Olivier Besancenot (LCR) n'est pas non plus négligeable (4.25%), surtout quand on observe qu'il bat le candidat du PCF, Robert Hue (3.37%) ! Cette élection (presque 10% à eux deux) semble un réel espoir pour cette extrême gauche qui semble avoir opté pour l'altermondialisme dans sa lutte contre l'impérialisme américain et le libéralisme économique sauvage. La place du PCF vacante, les Verts trop marqués par leurs divisions et leur participation au gouvernement Jospin, les partisans de LO et de la LCR peuvent espérer à des « lendemains qui chantent » !
Pourtant, dès les législatives qui suivent l'élection de Jacques Chirac, les scores leur remettent brutalement les pieds sur terre : à peine 1.20% chacun, et bien entendu aucun siège à l'Assemblée, contrairement justement aux communistes (21) et dans une moindre mesure aux Verts (3 sièges). Le capital sympathie des personnalités charismatiques d'Arlette Laguiller et d'Olivier Besancenot ne se traduit pas dans les urnes, limitant leurs capacités d'action. Surtout que cela se traduit dans les autres élections, en particulier européennes (juin 2004) où ils n'obtiennent que 2.56% des voix, bien difficile pour peser à Bruxelles et empêcher la dérive libérale de l'UE...

nonL'espoir revient lors du débat sur le referendum sur le Traité établissant une Constitution européenne, un an plus tard (mai 2005). Alors que les sondages se sont petit à petit inversés pour marquer une tendance vers le Non, les leaders d'extrême gauche parviennent à s'allier entre eux, mais aussi aux côtés d'autres opposants de gauche, du PCF de Marie-Georges Buffet au PS de Jean-Luc Mélanchon et à José Bové (Fabius, nouveau à gauche, a plus de mal, voir son arrivée agitée à la fête de l'Huma) qui les aident à avoir une voix, puisqu'ils n'ont pas le droit, officiellement, de faire campagne (en raison de leur place au Parlement). Et l'espoir est plus que permis quand c'est justement leur camp, le Non, qui l'emporte à 55% !
Le problème est peut-être au niveau de l'analyse qu'ils ont émise de ce résultat. En 2002, l'extrême gauche comme les autres courants et partis de gauche se sont ligués contre le PS, l'accusant d'avoir exactement la même politique que le futur UMP ! Ils n'ont pas essayé de savoir pourquoi autant d'électeurs avaient choisi Le Pen et n'ont rien voulu entendre à propos du débat sur la Sécurité. En 2005, ils ont applaudi les Français d'avoir choisi de rejeter le libéralisme en votant Non, mais ont oublié que l'extrême droite avait elle aussi activement militer pour le Non, et que c'était aussi sa victoire; car ce vote était peut-être un rejet du libéralisme, mais aussi un réflexe protectionniste teinté de nationalisme...
La suite allait le confirmer. Il suffit juste d'observer quelles sont les personnalités les plus populaires par la suite pour voir que leur choix pour le Oui n'a pas pesé, en particulier le toujours populaire et pourtant très libéral Nicolas Sarkozy. Les partisans du Non, l'extrême gauche en tête, espéraient pourtant tirer parti de ce résultat.
Arrivés les débuts prématurés de la campagne pour 2007, l'extrême gauche arrive en position plus que jamais dispersée. Arlette Laguiller s'est finalement présentée pour sa dernière ( ?) élection, personne n'étant assez charismatique pour lui succéder à LO; et Olivier Besancenot s'est fait prier pour revenir, semblant presque désabusé. Les deux ont eu l'air relativement absent ou à contretemps lors des différentes crises, que ce soit les banlieues, le CPE, les squatters et encore plus l'international (où ils sont toujours marqués propalestiniens et antisionistes, même si ça va jusqu'à soutenir des extrémistes religieux); surtout, ils semblent bien loin des idées de la majorité des électeurs sur ces sujets...
laguillerLe problème aujourd'hui est tellement grave qu'Arlette Laguiller n'est plus sûre d'avoir les 500 signatures et qu'elle propose à la LCR de soutenir leur candidat, ce qu'ils ne semblent pas pressés d'accepter...Et l'espoir d'une candidature unitaire sous la bannière des Nonistes, José Bové en tête, est bien entendu complètement oubliée, malgré quelques pourparlers bien timides !
L'avenir est donc sombre pour l'extrême gauche : une leader sur le départ, un successeur médiatique plutôt timide ces derniers mois, tous deux n'ayant pas vraiment transformé électoralement l'essai réussi de 2002, et des idées trop radicales pour convertir des Français certes réticents au libéralisme, mais qui deviennent pragmatiques. Après la quasi disparition du PCF, va-t-on assisté à celle de l'extrême gauche ?
Tofraziel




PS : tous contre une, une contre tous ?



Après avoir parlé du retour avorté (?) de Lionel Jospin (il déclare toujours sa candidature à l'investiture « ouverte »), nous allons essayer de comprendre le phénomène Ségolène Royal dans l'opinion et au sein du PS. Ségolène Royal
Ségolène Royal n'est pas une novice en politique, elle a déjà été à plusieurs reprises ministre ou secrétaire d'Etat, des postes le plus souvent en rapport avec l'éducation, la famille voire l'emploi et la solidarité. Aujourd'hui, elle se déclare mitterrandienne, sans vraiment préciser ce qu'elle entend par là. Son ascension dans les sondages date d'il y a à peine un an ! Personne ne sait vraiment à quoi cela est dû et on ne peut pas aussi facilement pointer du doigt les medias et leur propension à fabriquer des candidats, qui finalement s'effondrent arrivées les élections. On peut quand même comparer le parcours de Royal dans ces sondages avec ceux de Balladur (qui a lourdement perdu), Rocard (annihilé par Mitterrand), voire Delors (qui a préféré s'écarter) et bien sûr Lionel Jospin, au moins assuré d'aller au second tour quelques semaines avant le 21 avril 2002, et qui a connu la Bérézina que l'on sait. Tous avaient le point commun d'être très populaires (selon les sondages). Mais, à la différence par exemple de Balladur et Jospin, Ségolène Royal n'est pas actuellement au pouvoir et elle ne peut donc pas souffrir des aléas du pouvoir; de plus, elle n'est pas considérée comme faisant partie intégrante de la débâcle du 21 avril, tout étant focalisé sur Jospin et son « sacrifice » politique. A son crédit également, et c'est lié aux points précédents, est qu'elle paraît « neuve » aux yeux du public. Malgré sa déjà longue expérience politique, elle n'a jamais été à des postes très exposés médiatiquement, et a longtemps été seulement « la femme de ». Elle ne souffre donc pas du « syndrôme éléphants », comparé à la plupart de ses rivaux, à gauche comme à droite (même si Sarkozy tente d'apparaître comme une « nouvelle tête », candidat moderne et de rupture, il fait partie intégrante de « l'histoire chiraquienne »). Cette expérience dans les ministères a concerné des domaines très proches des gens et dans lesquels elle a marqué son territoire et sa différence (surtout par rapport à sa famille politique) : la famille qu'elle place au centre de ses préoccupations, et l'éducation qui est pour elle le meilleur moyen de grimper dans l'ascenseur social. Enfin, on ne peut nier que, finalement, le fait d'être une femme soit pour elle plus un avantage qu'un handicap : la féminisation de la vie politique est dans l'air du temps, et ceux qui l'attaquent peuvent facilement être taxés de sexistes (elle ne s'en prive pas elle-même, et souvent à raison) et court-circuités.
Beaucoup glosent sur le caractère factice de la popularité de Royal qui serait due aux sondages, et inversement, mais on peut quand même remarquer qu'elle a été élue triomphalement aux Régionales en 2004, dans le fief du Premier ministre de l'époque Jean-Pierre Raffarin ! A la différence d'un Villepin, donc, sa popularité se mesure aussi dans les urnes. Sa région Poitou-Charentes est devenue aussi pour elle une sorte de laboratoire pour expérimenter ses idées et ses méthodes, et cela semble porter ses fruits même si ces adversaires politiques hurlent aux dépenses et à la hausse des impôts locaux.
Cette popularité grandissante n'est donc pas vraiment un hasard, ou en tout cas s'explique. Les premiers à avoir tenté de relativiser cette « ségomania » ne sont pas ses rivaux de droite, mais bien les membres de son propre parti ! Voyant en elle pas vraiment une rivale sérieuse, mais une gêne peut-être fatale dans leur ascension vers la lutte titanesque qu'ils se promettent contre l'ogre Sarkozy, les cadors du PS ont tout d'abord essayé de l'ignorer, puis de diminuer l'importance de sa cote, pour certains ont ironisé sur son sexe et ses rapports avec le Premier Secrétaire, et finalement l'ont attaqué sur son manque d'idées et de programmes, oubliant que de ce côté ils étaient bien plus absents. Les candidatures se sont tout de même multipliées, le referendum européen n'arrangeant pas les choses; à ce sujet, Ségolène Royal qui s'était prononcée pour le « Oui », n'en a pas souffert alors que les tenants du « Non », Fabius en tête, n'en ont pas bénéficié...Même les partisans de Jospin (à qui elle doit beaucoup) ont commencé à paniquer quand ils ont compris que l'ascension de Royal n'allait pas seulement court-circuiter les rivaux de leur champion mais leur champion lui-même, malgré ses tentatives chaotiques de retour.
Ségolène Royal commença par nier son intérêt pour la Présidentielle et à ignorer les sondages, rappelant les dangereux précédents. Puis, elle commença à se prononcer sur de plus en plus de sujets, la plupart du temps de manière assez vague. Ses adversaires, à droite comme à gauche, le lui reprochèrent. Elle annonça quasiment son intérêt pour une éventuelle candidature devant Jamel Debouzze, à Canal Plus ! Mais le tournant intervint sûrement au moment de ses déclarations sur la Sécurité : son discours dur tranchait avec l'angélisme qui caractérisait la gauche depuis 25 ans ! Et elle fut caricaturée, tant par la gauche que par la droite : la première lui reprocha de faire le jeu de Sarkozy et de ne pas parler de prévention (ce qui est faux), la seconde ironisa en l'accusant de lui voler ses idées. Pourtant, les deux parties avaient compris que Ségolène Royal entrait de plein pied dans la lutte et que son discours risquait de toucher les Français, et en particulier les électeurs de gauche lassés d'une politique qui considérait la répression comme fasciste, et donnait l'image d'un laxisme transformant les agresseurs en victimes, le tout en plus sans résultats et avec une aggravation des inégalités, des discriminations et de l'insécurité (Royal retourna une salle de militants contre Martine Aubry dans le Nord). A gauche, et même au PS, certains taxèrent alors Ségolène Royal « de droite » : son discours sécuritaire, l'importance de la famille et plus récemment sa « réhabilitation de la valeur travail » (pourtant très différente de la définition sarkozienne) étaient des valeurs de droite, et surtout on oubliait ses propositions sociales, sur l'éducation et sa priorité mise toujours sur la prévention et le combat contre les inégalités. Elle prenait donc la parole sur les sujets qui intéressaient les Français, et se déclarait prête à assumer ses responsabilités devant les militants. montebourg-royal
On attendait alors la rentrée et elle fut agitée : une « récupération » de l'héritage mitterrandien, qui plus est en Bourgogne, et la déclaration du numéro deux du PS François Rebsamen qui exhortait les principaux rivaux au PS à s'écarter ! Un « conseil » qui fit hurler Jack Lang (il évoqua une fatwa !) et provoqua dédain ou ignorance chez Fabius et DSK. Pourtant, on pouvait remarquer que depuis plusieurs mois certaines personnalités du PS ne cachaient plus leur intérêt pour la candidature Royal, parmi lesquels Julien Dray, Malek Boutih, voire Manuel Valls (même s'il fait partie des signataires pour une candidature Jospin) et surtout Arnaud Montebourg ! Et la droite, elle-aussi, commença à prendre au sérieux la menace Royal, surtout quand les sondages basculèrent petit à petit et qu'il se confirmait qu'elle passait en tête devant Nicolas Sarkozy ! Celui-ci en a donc fait sa principale rivale, et inversement. A son retour de vacances, Ségolène Royal accusa la Place Beauvau de fuites à propos d'une effraction et de fouilles dans son appartement, tout comme à propos des problèmes avec la Justice de l'un de ses enfants et de son frère; des méthodes déjà attribuées à Sarkozy en 1995 quand « les affaires » sortirent contre Chirac au bénéfice (pas tant que ça finalement) de Balladur qu'il soutenait...
A trois mois de l'investiture au PS, c'est donc encore l'incertitude. Toujours selon les sondages, Royal l'emporterait y compris chez les militants, et on peut se demander pourquoi ses rivaux sont tous unis contre elle (et désunis par ailleurs) et pourquoi Lionel Jospin tente un retour. La campagne n'a pas commencé, et de toute façon si Royal veut garder son avantage sur les éléphants à gauche et Sarkozy à droite, elle devra prendre plus de risques et parler enfin plus concrètement de son programme, sans se contenter d'écouter les doléances de ses électeurs potentiels (son blog est plus un forum de débats qu'un site « idéologique » proposant un programme); elle devra aussi aborder des sujets qu'elle évite, voire ignore pour le moment : l'international d'abord; on l'entend peu sur l'Europe et pas du tout sur le Proche-Orient même si elle refuse un alignement sur la politique américaine. L'immigration ensuite, un terrain que Sarkozy sait boueux pour la gauche et qu'il a déjà saisi avec l'affaire des enfants expulsés et l'évacuation du squat de Cachan; et on peut se demander si en déclarant « ces gens qu'on expulse font le travail que refusent de faire les Français », elle a vraiment marqué des points.
Tofraziel




Ecologistes, l'éternel chaos :


Alors que la campagne des Présidentielles 2007 semble avoir déjà commencé pour les autres partis les plus importants (et en particulier le PS et l'UMP), on se demande un peu où en est la mouvance écologiste ! On la sait éclatée en plusieurs mouvements, généralement orientés à gauche (mais pas seulement, on le verra), eux-même extrèmement divisés en leur sein. Quand on sait que l'unité est la base de la réussite pour toute élection, et en particulier celle-ci, on peut émettre des doutes et des inquiétudes quant aux chances des partis et mouvements écologistes pour cette échéance. Mais l'écologie appartient-elle toujours à ces groupes qui s'en réclament ?
Revenons en 2002. Les Verts ont activement participé au gouvernement Jospin, Dominique Voynet en étant le Ministre de l'aménagement du territoire et de l'environnement. Pourtant, ils ont été quasiment les plus critiques vis-à-vis du PS quand a commencé la campagne présidentielle, usant du même discours que l'extrème-gauche pour mettre Chirac et Jospin dans le même sac. Ils reprochaient au PS autant sa politique sociale trop pragmatique que, par exemple, sa politique énergétique et le refus de sortir du nucléaire. Leur candidat désigné déjà dans des conditions relativement rocambolesques (Noël Mamère, qui avait pourtant refusé de se présenter) fera un score de 5,25 %. En 1995, Voynet n'avait fait que 3,32 %. Il y avait certes un progrès, mais peu significatif par rapport aux espoirs suscités, par exemple, par le bon score des Verts aux Européennes de 1999, grâce c'est vrai au charisme de Cohn-Bendit (9,72 %, 4è devant entre autres Bayrou, Le Pen ou Robert Hue). Aux élections de 2002, l'autre candidat écologiste, ou affiliée, fut Corinne Lepage, ancienne ministre de l'environnement de Juppé qui fut créditée de 1,88 % des suffrages.
Depuis, on ne peut pas dire que le mouvement écologiste se soit relevé durant les élections suivantes. Ils ont surtout montrer à nouveau leurs divisions internes et le flou qui caractérise leur appartenance politique, une chose dangereuse en France où la lutte gauche/droite est toujours au centre de la vie politique. La frange « gauchiste » des écologistes s'est rapprochée depuis un moment du mouvement altermondialiste, et on a parfois parlé d'une candidature unique de Jové Bové, regroupant Verts et extrème-gauche pour lutter contre voynet et cochet la mondialisation en surfant sur le Non au referendum. Le problème étant que les Verts avaient eu les mêmes problèmes que le PS au sujet de ce referendum et s'étaient alignés sur lui, s'éloignant de leur base. De plus, une frange des écologistes de gauche se rapprochait dangereusement de mouvements islamistes, qu'ils soutiennent activement dans des régions comme le Nord, à Roubaix par exemple. Des « amitiés » qui pouvaient assombrir leur image chez une partie de leurs sympathisants. Finalement les Verts se sont mis d'accord pour présenter leur candidat aux Présidentielles 2007 avec, à nouveau, une élection interne rocambolesque et revotée, avec finalement une victoire de Dominique Voynet de quelques dizaines de voix face à Yves Cochet.
Les autres mouvements écologistes sont portés par des écologistes historiques, ou par des personnalités qui veulent s'investir pour faire passer leur message. On peut tout d'abord parler d'Antoine Waechter qui fait acte de candidature en 2007 avec le Mouvement écologiste indépendant. L'un des membres fondateurs des Verts, qu'il a quitté en 1994 (après avoir été leur candidat en 1988), refusant la politisation, la récupération de l'écologie et l'alliance avec les grands partis. Lui-aussi gêne par le referendum européen (il était pour le Oui, le MEI pour le Non), il n'est pas sûr d'obtenir le nombre suffisant de signatures... lepage France Gamerre, de Génération écologie le parti de Brice Lalonde; plutôt affiliée proche de l'UMP, même si elle refuse d'être cataloguée droite ou gauche, elle aura elle-aussi sans doute du mal à réunir les signatures. Corinne Lepage [Voir son interview pour ClemsPolitique.net], de CAP 21, est peut-être l'une de celles dont la cote a augmenté depuis son passage au Ministère. Elle prend régulièrement la parole sur les sujets d'écologie, même si elle refuse de n'être qu'une candidate écolo et comme les autres marque son indépendance politique. Elle a, comme elle l'affirme, des chances d'être « l'autre candidate » écologiste face aux Verts, comme en 2002.
Mais le dernier arrivé pourrait peut-être mettre encore un peu plus de désordre, c'est Nicolas Hulot. S'il n'a pas encore annoncé officiellement sa candidature, il dit « y songer ». Sa popularité étant indéniable (comme son amitié avec Chirac), il se pose en véritable épouvantail. Il a critiqué sévèrement Sarkozy pour ne pas évoquer l'écologie dans son livre « Témoignages », et il commence à faire peur chez les écologistes « officiels » : certains (le Réseau Sortir du Nucléaire) l'ont sommé de se prononcer clairement contre le nucléaire, mais d'autres ont tenté de le séduire : Noël Mamère l'a invité à rejoindre les Verts ! Et il a reçu le soutien de personnalités comme Yann Arthus-Bertrand. hulot On voit donc que, comme à son habitude, la mouvance écologiste va avancer vers les élections divisée et éclatée, avec une orientation politique floue. Pourtant, sa seule chance d'avoir une voix est de s'allier. Entre-temps, les grands partis ont intégré en partie les idées écologistes et présenté des idées (le PS en particulier), et même Jacques Chirac use d'un discours de plus en plus écolo. L'écologie est de toute façon entrée dans les consciences, même s'il reste énormément de travail à faire, en particulier au niveau des accords internationaux, et elle bénéficie de « porte-parole » charismatique comme Nicolas Hulot. Mais sa branche purement politique n'a sans doute pas un grand avenir au niveau national, cet avenir se situant sans doute plus au niveau local où elle peut agir directement et avec des résultats. Et tant qu'elle sera divisée en son sein et peu bavarde sur les sujets qui inquiètent le plus les Français (chômage, sécurité voire immigration), ou alors peu démarquée des autres partis, sa voix portera de moins en moins.
Tofraziel




PS : Jospin le retour, circonstances et analyse :


Il y a maintenant presque 2 mois, le 27 juin 2006, Lionel Jospin profitait d'un édito proposé par Le Monde pour présenter sa « vision » de l'avenir de la France. Il l'avait auparavant fait dans son livre « Le Monde comme je le vois » en 2005, sans rencontrer un franc succès. Depuis son retrait de la vie politique annoncé à la suite de la débâcle du 21 avril 2002, il ne cessait de nier son envie d'un retour au premier plan, tout en voulant rester actif dans le débat et en prenant position sur certains sujets comme pour le « Oui » au referendum européen (avec le succès que l'on sait). Il avait réaffirmé en fin 2005 son refus de se présenter devant les militants pour briguer la candidature socialiste aux Présidentielles. jospin Le phénomène Ségolène Royal semblait de plus le condamner définitivement. Pourtant, certaines déclarations de « supporters » jospinistes se faisaient de plus en plus pressantes, comme celles de Delanoë. Et ses apparitions également. Même Ségolène Royal affirmait qu'elle ne se retirerait que pour laisser la place à Jospin ! Puis il y eut cet édito dans Le Monde et surtout l'interview au journal de 20 Heures de TF1 : Lionel Jospin y déclarait qu'il se tenait à la disposition du PS et de ses militants, et qu'il n'avait jamais déclaré que son retrait de la vie politique était « définitif » ! Il se posait comme une sorte de dernier recours, avec pour principal atout son expérience. Dès lors, on pouvait se demander si ses interventions précédentes, son livre, etc, mais surtout celles de ses soutiens habituels étaient un hasard ou une stratégie pour un possible come-back.
Au niveau des propositions, si on lit son texte du Monde on y voit presqu'un programme à part entière pour le Parti, influencé par plusieurs courants au sein du PS. En premier lieu, la priorité de l'emploi ; « une politique de gauche », c'est-à-dire pour Jospin pas dépendante du Marché, avec un certain interventionnisme de l'Etat, qui serait plutôt proche de l'aile-gauche du PS, et une relance de la croissance, des salaires et donc de la consommation, des propositions avancées autant par Strauss-Kahn que Royal. Il rejette également une flexibilité synonyme de précarité et prône le dialogue social pour éviter que la mondialisation n'entraîne notre modèle social vers le bas.
Comme deuxième enjeu, il place « la restauration de l'autorité de l'Etat et le respect de la loi ». Un retour à une République plus forte. Son discours semble moins musclé que celui de Royal, et même s'il insiste sur le caractère indispensable du répressif, il insiste encore plus sur le rôle d'exemple des élites, des responsables politiques, des représentants de l'autorité de l'Etat (« la police doit être soutenue et contrôlée »), ainsi que sur le rôle de l'éducation, discours très proche de celui des années 80, tout comme la condamnation des discriminations qu'il semble placer plus au niveau social que communautaire ou ethnique comme c'est la mode (« les riches et les puissants », « politique équitable »). Il affirme aussi l'importance de récompenser le travail et l'effort, seul tout petit point commun avec Sarkozy...
En troisième point, l'international. Réaffirmer l'importance de la France en Europe en particulier, lui permettre d'en redevenir un moteur, malgré le « Non » au referendum. Tirer les leçons de ce choix en combattant la dérive libérale de l'UE, et en rejettant une Europe trop fédérale ou les Peuples et les sentiments nationaux seraient dilués ( « A condition que l'Europe n'oublie pas ses peuples, qui ne veulent pas d'une dissolution des nations dans l'Europe et de l'Europe dans la mondialisation »). Et logiquement, il se démarque de Sarkozy en rejettant son « atlantisme » et en demandant une politique étrangère à la fois européenne et indépendante de la France.
jospin Enfin, dernière priorité : « le progrès et l'avenir » : doter la France de vraies compétences et financements en matière de Recherche, mais également mieux récompenser le mérite et ceux qui créent des richesses. Combattre alors les abus des grands patrons, les dérives libérales au sein des grandes multinationales : « revoir en proportion nos échelles de revenus, de salaires et de retraites et le rapport entre le capital et le travail ». Il conclut cette perspective sur le « progrès et l'avenir » par le rapport économie/écologie, un équilibre à trouver pour continuer à se développer tout en réduisant les risques encourus par l'environnement.
Ce texte dans Le Monde et son « résumé » chez PPDA ressemblent vraiment à un projet de programme : un mélange des différents courants du PS et de la gauche en général : le rejet d'un libéralisme sauvage, une lutte contre les discriminations et des mesures pour favoriser la croissance et le pouvoir d'achat des salariés, tout en luttant contre les dérives du capital et du profits rois, une politique étrangère « à la française » qui serait à la fois une continuité de celle de Chirac face aux USA et une relance de l'influence française au sein de l'UE et, enfin, le souhait d'un « socialisme écologique ». Un vrai programme d'Union ! Mais peu de mesures concrètes...
Il faut attendre à présent et voir les conséquences en novembre 2007, quand auront lieu les élections pour le choix à la candidature par les militants PS. Mais déjà, on peut se demander si le moment a été bien choisi par Jospin et si le souhait pour un retour est réel chez les Français, et même les sympathisants de gauche. Les vacances, plus les événements internationaux, n'ont pas permis à cet effort de Jospin de porter ses fruits, et même l'appel des dix cadres du PS fin juillet 2006 (parmi lesquels Manuel Valls ou Anne Hidalgo) n'a pas eu de grand écho. Un retour est-il alors possible, et même nécessaire ? Et ira-t-il jusqu'à paralyser l'élan de Ségolène Royal ?
Tofraziel




Présidentielles 2007 : petite chronique "humeuristique" :


Pour le premier volet de cette chronique dédiée aux présidentielles 2007, les candidats et les principaux sujets qui en seront le coeur, j'ai décidé de choisir les derniers (pour le moment) briguant l'investiture suprême : Christiane Taubira et Jean-Pierre Chevènement. La première vient de déclarer officiellement sa candidature à l'investiture au sein du Parti Radical de Gauche, le second semble de plus en plus tenté de le faire malgré sa quasi disparition politique depuis 2002. Pourquoi le choix de ces deux candidatures ? D'abord parce qu'elles sont deux candidatures de plus dans une liste qui en compte déjà plus de vingt, et surtout parce qu'elles ont de forts relents de 2002, et en particulier du 21 avril.
chevenement
Rappelons les faits : Jean-Pierre Chevènement, en désaccord avec Jospin sur la Corse, avait quitté le gouvernement et avait décidé de se présenter pour défendre des valeurs républicaines et un souverainisme « de gauche ». Christiane Taubira, elle, était mécontente du bilan social de Jospin et tirait dans le même sens que les Verts ou les Communistes : PS/RPR (UMP aujourd'hui), même combat ! On connaît la suite, Jospin qui échoue aux pieds du premier tour et surtout aux pieds de Le Pen, dont il était séparé d'environ 200 000 voix. Quand on sait qu'à eux deux, Chevènement et Taubira avaient fait 7,65% des voix (rien que 600 000 pour Taubira), le calcul fut vite fait par les Socialistes pour accuser ces candidats d'être les responsables de la catastrophe. taubira
Alors pourquoi un retour aujourd'hui ? Chevènement d'abord, quasi absent depuis, veut peut-être surfer sur le retour d'un souverainisme (voir d'un nationalisme) qui a éclaté le soir du 29 mai et le Non au referendum européen; il veut peut-être aussi rappeler qu'il a été l'un des premiers et des plus virulents à dénoncer la délinquance dans les banlieues (les « sauvageons » sont devenus « la racaille »), imité depuis par Sarkozy, mais aussi à gauche par Ségolène Royal. Christiane Taubira, elle, a été très présente pendant le débat qui a éclaté sur le rôle positif de la colonisation (l'article de Loi incriminé se voulant une réponse à la Loi portant son nom, entre autres), et sur la Mémoire de l'esclavage. Elle a tout d'abord été ambigüe par rapport à des personnages comme Dieudonné, puis s'est présentée comme une partisane de la Mémoire, de l'éducation et de l'enseignement, plutôt que du ressentiment et de l'exigence de réparations comme le réclame une partie de la communauté afro-antillaise. Pourtant, elle refuse d'être une candidate cataloguée « communautariste » et affirme vouloir représenter tous les Français, et faire pression comme en 2002 pour que la gauche ait un programme plus social... elle n'est pas la seule sur ce point dans tous les candidats déjà déclarés, et elle devra comme tous marquer sa différence.
On peut donc se demander ce que vont apporter ces nouvelles candidatures, et surtout en regardant plus globalement, se demander si les politiques ont appris des leçons du 21 avril 2002 ? Tous les ingrédients semblent réunis pour que tout y ressemble : multiplicité des candidatures à gauche, mise en avant des thèmes de l'insécurité mais aussi de l'immigration. L'éternel recommencement ? La seule différence peut-être, c'est l'usure du candidat Le Pen et la concurrence idéologique de Sarkozy, voire de De Villiers même si celui-ci ne semble pas récolter les fruits de son offensive nationaliste axée sur « l'islamisation » de la France.
Tofraziel





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